Société

L'obsession Duhamel : Pourquoi Google s'affole sur la santé du patriarche ?

Quand l'algorithme de Google devient le pouls de nos angoisses nationales. Derrière la curiosité morbide sur l'état du doyen des éditorialistes se cache une peur bien plus profonde : la fin d'un monde.

MC
Myriam CohenJournaliste
31 janvier 2026 à 23:013 min de lecture
L'obsession Duhamel : Pourquoi Google s'affole sur la santé du patriarche ?

C'est un murmure qui parcourt les rédactions parisiennes, un de ces bruits de couloir qu'on n'ose pas trop amplifier de peur de le rendre réel. Mais les données sont têtues, et bien plus bruyantes que nos chuchotements. Depuis quelques semaines, une courbe s'affole dans les tréfonds des serveurs de Mountain View. Les mots-clés « Alain Duhamel santé » ou « Alain Duhamel malade » grimpent en flèche.

Je vous le dis tout net (puisque j'ai traîné mes guêtres près des studios récemment) : ce phénomène raconte moins l'état clinique du journaliste que l'état psychologique de la France.

« Dans un pays qui décapite ses rois mais vénère ses figures paternelles, voir vaciller le doyen, c'est sentir le sol trembler sous ses propres pieds. »

Le syndrome de la statue qui bouge

Il faut comprendre ce qu'incarne Alain Duhamel. Ce n'est pas juste un analyste politique. C'est le dernier des Mohicans, celui qui a débattu avec Mitterrand quand la moitié de ceux qui lisent cet article n'étaient pas nés. Dans le microcosme médiatique, on le sait : Duhamel, c'est la constance.

Alors, quand il annonce son retrait des plateaux pour la fin de la saison (une info que les initiés digèrent depuis un moment, mais qui frappe le grand public de plein fouet), l'inconscient collectif panique. Pourquoi part-il ? Est-ce grave ? Le moteur de recherche devient alors notre stéthoscope numérique. On cherche la faille, la maladie cachée, parce qu'on refuse d'accepter la raison la plus banale et la plus implacable : le temps qui passe.

👀 Que sait-on vraiment de son état ? (Spoiler : Calmez-vous)
À l'heure où j'écris ces lignes, aucune information alarmante ne circule en off. Alain Duhamel a simplement 84 ans. Sa décision de quitter l'antenne est celle d'un homme lucide qui préfère choisir sa sortie plutôt que de la subir. Cette soif de diagnostic médical sur Google est un pur fantasme d'internautes anxieux.

L'algorithme vautour et la fin d'une époque

Ce qui est fascinant – et un peu effrayant – c'est la mécanique de la suggestion. Tapez « Alain » dans la barre de recherche. Si l'actualité est calme, l'autocomplétion vous proposera souvent « santé », « âge » ou « AVC » avant même « livre » ou « analyse ». L'algorithme se nourrit de notre peur de la mort des icônes.

Pour nous, observateurs des médias, cette frénésie de recherche signale une rupture. Duhamel, c'était le repère. Qu'on soit d'accord ou non avec ses écharpes rouges, il était là. Vérifier sa santé, c'est vérifier si le vieux monde tient encore debout. Et vu l'instabilité politique actuelle, on a désespérément besoin que les murs porteurs ne se fissurent pas.

Au final, cette obsession pour sa santé n'est que le miroir de notre propre vertige face à une page qui se tourne. On ne cherche pas des nouvelles d'un patient, on cherche à se rassurer sur la pérennité de notre histoire politique.

MC
Myriam CohenJournaliste

Le pouls de la rue, les tendances de demain. Je raconte la société telle qu'elle est, pas telle qu'on voudrait qu'elle soit. Enquête sur le réel.