Économie

La Liga : Le colosse aux pieds d'argile que le Clasico ne peut plus cacher

Pendant que le monde a les yeux rivés sur le Bernabéu, le reste du football espagnol agonise en silence. Dette, exode des talents et pacte controversé avec CVC : autopsie d’un modèle financier au bord de la rupture.

SG
Stéphane GuérinJournaliste
17 janvier 2026 à 15:013 min de lecture
La Liga : Le colosse aux pieds d'argile que le Clasico ne peut plus cacher

On adore tous la petite musique du dimanche soir, les dribbles de Vinicius et la résurrection (financièrement assistée) du Barça. C'est beau, ça brille, c'est vendable. Mais soyons sérieux deux minutes : en dehors du duel éternel Real-Barça, le championnat espagnol est en train de se faire dévorer tout cru. Pas par le jeu, non (la tactique espagnole reste élite), mais par une réalité économique froide, brutale, que Javier Tebas tente de masquer à coups de tweets agressifs.

Le diagnostic est posé : La Liga est devenue une vitrine de luxe pour un immeuble en ruine.

L'illusion d'optique du Mercato

Vous avez vu les chiffres cet été ? Moi oui. Et ils font froid dans le dos. Si l'on retire les mastodontes habituels, le pouvoir d'achat des clubs espagnols est devenu dérisoire. On parle de clubs historiques comme Valence ou Séville qui doivent vendre leurs meilleurs éléments pour... s'inscrire au championnat. Littéralement.

Le problème n'est pas seulement que la Premier League est riche. C'est que la Liga s'est appauvrie. Le fossé s'est creusé à une vitesse telle que le dernier du championnat anglais touche plus de droits TV que l'Atlético de Madrid (ou presque). C'est un massacre compétitif.

Comparatif de la puissance de feu (Estimations Mercato 2024/2025)
Ligue Dépenses Nettes Tendance
🇬🇧 Premier League ~2.8 Mrds € 🚀 Stratosphérique
🇸🇦 Saudi Pro League ~900 M € 📈 Menace directe
🇪🇸 La Liga ~500 M € 📉 En chute libre

Le pacte faustien "CVC" : Sauvetage ou suicide ?

C'est là que le bât blesse. Pour sauver les meubles post-Covid, la Liga a signé l'accord « La Liga Impulso » avec le fonds d'investissement CVC. Le deal ? Du cash tout de suite (environ 2 milliards) contre... 8 à 10% des droits TV pour les 50 prochaines années. Cinquante ans !

« Hypothéquer un demi-siècle de revenus pour payer les factures d'électricité d'aujourd'hui, ce n'est pas de la gestion, c'est de la survie désespérée. »

Le Real Madrid et le FC Barcelone ont refusé de signer. Pourquoi ? Parce qu'ils savent compter. Ils savent que ce deal enferme les clubs moyens (Betis, Real Sociedad, Villarreal) dans un plafond de verre. Ces clubs ont pris l'argent pour rénover des stades et payer des dettes, mais ils ont amputé leur croissance future. Résultat : dans 10 ans, l'écart avec les géants sera encore plus grand, et l'écart avec l'Angleterre sera infranchissable.

L'exode silencieux

On parle des joueurs, mais regardez les bancs de touche. Unai Emery, Julen Lopetegui, Andoni Iraola... L'intelligence tactique espagnole s'exporte en Angleterre. Pourquoi Iraola quitte-t-il le Rayo Vallecano pour Bournemouth ? Parce que Bournemouth peut lui offrir un budget que même le 4ème de Liga ne peut pas aligner.

La vérité dérangeante, c'est que la Liga est en train de devenir une « Eredivisie de luxe » : une excellente académie de formation, un championnat technique, mais incapable de retenir ses talents dès qu'un chèque britannique (ou saoudien) arrive sur la table. Florentino Pérez pousse pour la Super League non pas par caprice, mais parce qu'il sait que le modèle actuel de la Liga est mort cliniquement. Le cœur bat encore, mais le cerveau est déjà ailleurs.

SG
Stéphane GuérinJournaliste

L'argent ne dort jamais, et moi non plus. Je dissèque les marchés financiers au scalpel. Rentabilité garantie de l'info. L'inflation n'a aucun secret pour moi.