Politique

Laurent Panifous : Le pari risqué d'une gauche hors-radar

On nous le vend comme l'anti-Mélenchon, le héros du "bon sens" ariégeois capable de réconcilier la gauche et les champs. Mais au-delà de la carte postale, Laurent Panifous a-t-il les moyens de ses ambitions ?

AM
Anne-Laure MercierJournaliste
16 janvier 2026 à 13:323 min de lecture
Laurent Panifous : Le pari risqué d'une gauche hors-radar

C’est la nouvelle coqueluche des dîners en ville qui cherchent désespérément une alternative à la cacophonie de l’hémicycle. Laurent Panifous, député de l’Ariège, incarnerait ce retour en grâce d'une social-démocratie de terroir, celle qui sent bon le marché de Saint-Girons et le pragmatisme du Sud-Ouest. L'histoire est belle, non ? Un élu local qui défie les états-majors parisiens (il a survécu à l'exclusion du PS pour avoir refusé la NUPES) et qui, depuis son siège du groupe LIOT, murmure à l'oreille des modérés.

Mais arrêtons deux minutes le violon. Si l'homme est indéniablement habile, la construction médiatique autour de son personnage de « stratège silencieux » mérite qu'on gratte un peu le vernis.

L'illusion d'optique arithmétique

Soyons sérieux : combien de divisions ? Laurent Panifous brille surtout parce que le reste du paysage est en ruines. Dans une Assemblée morcelée où chaque voix compte, son appartenance au groupe LIOT (Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires) lui donne un levier disproportionné par rapport à son poids électoral réel. C'est le paradoxe du pivot : on ne vous écoute pas parce que vous avez raison, mais parce qu'on a besoin de votre doigt sur le bouton de vote.

Est-ce une stratégie de refondation ou de l'opportunisme parlementaire ? (La frontière est souvent floue). Regardons les faits : sa « gauche du réel » séduit sur le papier, mais elle peine à s'imposer comme une force motrice législative face aux blocs monolithiques.

CritèreLa Méthode PanifousLa Méthode LFI / NFP Urbain
AncrageRural, périurbain ("La France des sous-préfectures")Métropoles, quartiers populaires
StyleCompromis, amendements, silence tactiqueConflictualité, obstruction, bruit médiatique
ObjectifGouverner au centre-gaucheRenverser la table

Le mythe de la "France Profonde" comme laboratoire

Panifous joue une carte risquée : celle de la territorialisation à outrance. Son discours consiste à dire que ce qui marche en Ariège – le dialogue social, l'industrie verte locale, la chasse sans complexe – est transposable à l'échelle nationale. C'est séduisant pour quiconque a une résidence secondaire, mais est-ce viable politiquement ?

« Le risque pour Panifous, c'est de devenir le syndicaliste d'une espèce en voie de disparition : le socialiste qui ne fait pas peur à la droite, mais qui ne fait plus rêver la jeunesse. »

En se posant en architecte de l'ombre, il évite pour l'instant la lumière crue des débats nationaux clivants (immigration, fiscalité lourde). C'est facile d'être un stratège quand on ne monte pas en première ligne sur les sujets qui fâchent vraiment. Il redessine peut-être la carte politique, oui, mais pour l'instant, il ne fait que colorier les zones grises que les autres ont abandonnées.

La vraie question n'est pas de savoir s'il est compétent – il l'est, ses dossiers sont maîtrisés – mais si cette "gauche de la responsabilité" n'est pas simplement une nostalgie rassurante. Pour l'heure, Laurent Panifous est un excellent antidote au tumulte parisien. De là à en faire le sauveur de la gauche, il y a un fossé que même un bon montagnard hésiterait à franchir.

AM
Anne-Laure MercierJournaliste

Je hante les couloirs du pouvoir. Je traduis le "politiquement correct" en français courant. Ça pique, mais c'est vrai. Les lois, je les lis avant le vote.