Reza Pahlavi : L'éternel retour ou le pari désespéré de l'Occident ?
Le prince héritier est partout : congrès américains, voyages en Israël, médias européens. Mais derrière la "Pahlavi-mania", l'opposition iranienne a-t-elle vraiment trouvé son stratège ou s'agit-il d'un mirage diplomatique ?

On ne va pas se mentir, la séquence est séduisante. Un homme au costume impeccable, un discours laïc parfaitement rodé en anglais comme en farsi, et cette aura historique qui fait frémir les nostalgiques d'un Téhéran pré-1979. Reza Pahlavi, le fils du dernier Shah, n'a jamais été aussi présent. Mais au-delà des poignées de main avec les sénateurs républicains ou les députés européens, qu'y a-t-il vraiment sur la table ?
L'Occident, fatigué de l'impasse nucléaire et horrifié par la répression, cherche désespérément un interlocuteur. Un numéro de téléphone unique pour l'opposition. Pahlavi veut être ce numéro. Le problème ? La ligne grésille.
« Le risque n'est pas que Pahlavi échoue à convaincre l'Occident, mais qu'il réussisse à convaincre l'Occident sans avoir le mandat de la rue iranienne. C'est le syndrome du Général de Gaulle sans la Résistance unifiée. »
Le mythe de l'union sacrée
La stratégie de Pahlavi est celle du "rassembleur". Il ne revendique pas le trône (officiellement), il se propose comme instrument de transition. C'est malin. Ça rassure les démocrates de gauche et excite les monarchistes. Sauf que dans les faits, la coalition d'opposition, notamment celle tentée à Georgetown, a implosé en vol.
Pourquoi ? Parce que la diaspora iranienne est un champ de mines. Entre les partisans du MEK (Moudjahidines du Peuple), les républicains laïcs, les fédéralistes kurdes et les ultra-royalistes qui harcèlent les autres sur les réseaux sociaux, Pahlavi peine à transformer sa popularité en structure politique opérationnelle. On est face à un paradoxe : il est la figure la plus connue, mais aussi la plus clivante dès qu'on sort des salons de Los Angeles.
David contre Goliath (mais David n'a pas de fronde)
Analysons froidement le rapport de force. Pahlavi mise sur la pression diplomatique et l'effondrement économique du régime. C'est un pari sur l'usure. Mais en face, la République Islamique ne joue pas avec les mêmes règles. Elle joue la survie physique.
| ATOUTS DE REZA PAHLAVI | RÉALITÉ DU RÉGIME (TÉHÉRAN) |
|---|---|
| Capital Symbolique : Une nostalgie croissante pour l'ère Pahlavi chez les jeunes iraniens qui n'ont connu que la crise. | Monopole de la Violence : Les Gardiens de la Révolution (IRGC) contrôlent non seulement les armes, mais 60% de l'économie. |
| Accès Diplomatique : Reçu comme un quasi-chef d'État en Europe et aux USA. | Réseau Proxies : Le régime tient le Liban, la Syrie, l'Irak et le Yémen. Ils ont des leviers de nuisance régionaux. |
| Message : "Femme, Vie, Liberté". Un message universel et moderne. | Technologie : Une capacité de surveillance numérique et de coupure internet fournie par des alliés (Russie/Chine). |
L'option par défaut ?
Alors, pourquoi cet engouement médiatique ? Parce que le vide fait peur. Washington et Bruxelles réalisent que le régime des mollahs ne se réformera pas. Pahlavi devient, par élimination, la seule carte jouable (ou du moins la plus visible) pour préparer l'après.
Mais attention à l'illusion d'optique. Ce ne sont pas les conférences à Bruxelles qui font tomber les dictatures, ce sont les grèves générales et les défections militaires. Pour l'instant, Pahlavi a réussi son retour marketing. Il a réhabilité son nom. Reste à voir s'il peut transformer les "likes" en logistique révolutionnaire. Et ça, c'est une tout autre histoire.
Je décrypte le chaos mondial entre deux escales. Géopolitique acerbe pour citoyens du monde pressés. Correspondant permanent là où ça chauffe.


