Thierry Breton : Le "Shérif" de Bruxelles a-t-il tiré à blanc ?
Il a claqué la porte de la Commission avec fracas, laissant derrière lui le DSA et une réputation de dur à cuire face aux GAFAM. Mais une fois la poussière retombée, que reste-t-il vraiment de l'ère Breton ? Spoiler : c'est plus compliqué qu'un tweet.

On se souvient tous de l'image. Septembre 2024. Une lettre de démission postée sur X (l'ironie est savoureuse), un ton passif-agressif envers Ursula von der Leyen, et une sortie de scène digne d'un ténor vexé. Thierry Breton, l'homme qui voulait mettre l'Europe au pas de charge, a quitté le navire. Mais avec le recul, au-delà du bruit et de la fureur, son bilan résiste-t-il à l'analyse froide des faits ? Pas si sûr.
L'illusion de l'omnipotence
Breton, c'était le style. Le Commissaire qui ne portait pas des dossiers, mais des armes. Son arme favorite ? Le DSA (Digital Services Act). Sur le papier, une forteresse juridique censée dompter le Far West numérique. Dans la réalité ? Un chantier titanesque dont l'application reste, disons-le poliment, laborieuse.
Il a promis de mettre Musk, Zuckerberg et Chew au pas. A-t-on vu un changement radical de nos flux TikTok ou de nos timelines X depuis son départ ? Les algorithmes continuent de tourner, la désinformation circule (peut-être un peu moins vite, accordons-lui ça), mais les GAFAM n'ont pas tremblé sur leurs fondations. Breton a excellé dans l'art de la projection de puissance. Il a tweeté des mises en garde comme on lance des missiles. Mais la bureaucratie bruxelloise, elle, avance au rythme d'un escargot asthmatique, loin de la vitesse d'exécution d'un CEO.
L'Europe a cru se trouver un sauveur industriel, elle a surtout hérité d'un formidable directeur de la communication qui a confondu régulation et représentation.
Le fantôme d'Atos
C'est là que le bât blesse. Pour comprendre le "Commissaire" Breton, il faut regarder le "Patron" Breton. L'homme du redressement. Celui qui a sauvé Thomson, qui a fait briller Atos. Sauf que... regardez Atos aujourd'hui. L'effondrement spectaculaire du géant français de la tech jette une ombre cruelle sur la méthode Breton : une gestion financière agressive, des acquisitions en cascade pour gonfler le chiffre d'affaires, et une dette laissée aux successeurs.
A-t-il appliqué la même recette à l'Europe ? Beaucoup de bruit, des annonces grandioses sur l'autonomie stratégique et les munitions, pour un résultat structurellement fragile ? La question mérite d'être posée. L'industrie de défense européenne peine encore à s'aligner, et le marché unique du numérique reste fragmenté.
Bilan : La Com' vs La Réalité
| Le Mythe Breton | La Réalité de Terrain |
|---|---|
| Le Dompteur de Musk : Des lettres ouvertes menaçantes et des ultimatums publics. | L'Impact Limité : X n'a pas fondamentalement changé sa modération. Les amendes prennent des années à être validées. |
| Le Stratège Industriel : Relance de la production de munitions en Europe. | La Logistique Poussive : Les objectifs de livraison à l'Ukraine ont été constamment repoussés. |
| L'Homme Providentiel : Seul capable de tenir tête à Ursula von der Leyen. | L'Isolé : Sa démission forcée a montré qu'en politique, le rapport de force ne se gagne pas sur LinkedIn. |
Un héritage en demi-teinte
Ne soyons pas totalement nihilistes. Thierry Breton a eu un mérite immense : il a rendu l'Europe visible. Il a incarné une Commission qui ne s'excuse pas d'exister. Avant lui, qui pouvait citer le nom du Commissaire au Marché Intérieur ? Personne.
Mais l'histoire politique est cruelle. Elle ne retient pas les coups d'éclat, elle retient les structures qui durent. Le "Sheriff" a rendu son étoile, mais la ville n'est pas beaucoup plus sûre qu'avant son arrivée. Il laisse une Europe mieux armée juridiquement, certes, mais qui hésite encore à appuyer sur la gâchette. Breton était peut-être l'électrochoc dont Bruxelles avait besoin pour se réveiller, mais il n'était certainement pas le remède miracle qu'il prétendait être.
Je hante les couloirs du pouvoir. Je traduis le "politiquement correct" en français courant. Ça pique, mais c'est vrai. Les lois, je les lis avant le vote.


