Politique

Thierry Breton : Le "Shérif" de Bruxelles a-t-il tiré à blanc ?

Il a claqué la porte de la Commission avec fracas, laissant derrière lui le DSA et une réputation de dur à cuire face aux GAFAM. Mais une fois la poussière retombée, que reste-t-il vraiment de l'ère Breton ? Spoiler : c'est plus compliqué qu'un tweet.

AM
Anne-Laure MercierJournaliste
19 janvier 2026 à 20:013 min de lecture
Thierry Breton : Le "Shérif" de Bruxelles a-t-il tiré à blanc ?

On se souvient tous de l'image. Septembre 2024. Une lettre de démission postée sur X (l'ironie est savoureuse), un ton passif-agressif envers Ursula von der Leyen, et une sortie de scène digne d'un ténor vexé. Thierry Breton, l'homme qui voulait mettre l'Europe au pas de charge, a quitté le navire. Mais avec le recul, au-delà du bruit et de la fureur, son bilan résiste-t-il à l'analyse froide des faits ? Pas si sûr.

L'illusion de l'omnipotence

Breton, c'était le style. Le Commissaire qui ne portait pas des dossiers, mais des armes. Son arme favorite ? Le DSA (Digital Services Act). Sur le papier, une forteresse juridique censée dompter le Far West numérique. Dans la réalité ? Un chantier titanesque dont l'application reste, disons-le poliment, laborieuse.

Il a promis de mettre Musk, Zuckerberg et Chew au pas. A-t-on vu un changement radical de nos flux TikTok ou de nos timelines X depuis son départ ? Les algorithmes continuent de tourner, la désinformation circule (peut-être un peu moins vite, accordons-lui ça), mais les GAFAM n'ont pas tremblé sur leurs fondations. Breton a excellé dans l'art de la projection de puissance. Il a tweeté des mises en garde comme on lance des missiles. Mais la bureaucratie bruxelloise, elle, avance au rythme d'un escargot asthmatique, loin de la vitesse d'exécution d'un CEO.

L'Europe a cru se trouver un sauveur industriel, elle a surtout hérité d'un formidable directeur de la communication qui a confondu régulation et représentation.

Le fantôme d'Atos

C'est là que le bât blesse. Pour comprendre le "Commissaire" Breton, il faut regarder le "Patron" Breton. L'homme du redressement. Celui qui a sauvé Thomson, qui a fait briller Atos. Sauf que... regardez Atos aujourd'hui. L'effondrement spectaculaire du géant français de la tech jette une ombre cruelle sur la méthode Breton : une gestion financière agressive, des acquisitions en cascade pour gonfler le chiffre d'affaires, et une dette laissée aux successeurs.

A-t-il appliqué la même recette à l'Europe ? Beaucoup de bruit, des annonces grandioses sur l'autonomie stratégique et les munitions, pour un résultat structurellement fragile ? La question mérite d'être posée. L'industrie de défense européenne peine encore à s'aligner, et le marché unique du numérique reste fragmenté.

Bilan : La Com' vs La Réalité

Le Mythe BretonLa Réalité de Terrain
Le Dompteur de Musk : Des lettres ouvertes menaçantes et des ultimatums publics.L'Impact Limité : X n'a pas fondamentalement changé sa modération. Les amendes prennent des années à être validées.
Le Stratège Industriel : Relance de la production de munitions en Europe.La Logistique Poussive : Les objectifs de livraison à l'Ukraine ont été constamment repoussés.
L'Homme Providentiel : Seul capable de tenir tête à Ursula von der Leyen.L'Isolé : Sa démission forcée a montré qu'en politique, le rapport de force ne se gagne pas sur LinkedIn.

Un héritage en demi-teinte

Ne soyons pas totalement nihilistes. Thierry Breton a eu un mérite immense : il a rendu l'Europe visible. Il a incarné une Commission qui ne s'excuse pas d'exister. Avant lui, qui pouvait citer le nom du Commissaire au Marché Intérieur ? Personne.

Mais l'histoire politique est cruelle. Elle ne retient pas les coups d'éclat, elle retient les structures qui durent. Le "Sheriff" a rendu son étoile, mais la ville n'est pas beaucoup plus sûre qu'avant son arrivée. Il laisse une Europe mieux armée juridiquement, certes, mais qui hésite encore à appuyer sur la gâchette. Breton était peut-être l'électrochoc dont Bruxelles avait besoin pour se réveiller, mais il n'était certainement pas le remède miracle qu'il prétendait être.

AM
Anne-Laure MercierJournaliste

Je hante les couloirs du pouvoir. Je traduis le "politiquement correct" en français courant. Ça pique, mais c'est vrai. Les lois, je les lis avant le vote.