Culture

Trans Musicales : Pourquoi Rennes reste le laboratoire secret du futur

Oubliez les têtes d'affiche instagrammables. Ici, dans le crachin breton, on ne vient pas valider des algorithmes, on vient voir le futur se crasher (ou décoller) sous nos yeux.

ÉC
Élise ChardonJournaliste
15 janvier 2026 à 06:353 min de lecture
Trans Musicales : Pourquoi Rennes reste le laboratoire secret du futur

Il est 3 heures du matin dans le Hall 9 du Parc Expo, et honnêtement, personne ne sait vraiment ce qu’on est en train d’écouter. C’est un mélange improbable de techno berbère et de punk à roulettes. Et c’est exactement pour ça qu’on est là. Si vous cherchez le confort des line-up photocopiés de l'été, faites demi-tour. Les Trans Musicales, ce n'est pas un festival, c'est un crash-test à ciel ouvert.

Le nez (et les oreilles) dans le guidon

Je vais vous dire un secret que les gros bonnets des majors essaient d'oublier : l'industrie musicale a peur de Rennes. Pourquoi ? Parce que c'est ici que le vernis craque. C'est le seul endroit où un groupe peut jouer devant 5 000 personnes sans avoir sorti le moindre album, juste parce que Jean-Louis Brossard (le taulier, l'âme, le digger fou de cet événement) a décidé que c'était ça, le son de l'année prochaine.

On ne vient pas aux Trans pour voir ce qui marche. On vient voir ce qui va marcher. Ou ce qui va se planter royalement (ça arrive, et c'est aussi beau à voir). C'est un pari constant contre la tyrannie du streaming.

« Ici, l'algorithme a une gueule de bois et porte des lunettes noires. C'est de l'humain, du pur, du brutal. On ne te sert pas ce que tu aimes déjà, on te force à avaler ce que tu aimeras demain. »

Plus qu'une scène, un sismographe social

Ne vous y trompez pas. Analyser la prog des Trans, c'est lire dans les entrailles de la société. Quand le hip-hop n'était qu'un murmure aux États-Unis, il gueulait déjà ici. Quand la techno était diabolisée partout en France, Rennes lui ouvrait ses hangars.

Aujourd'hui ? Le festival est devenu le miroir grossissant des hybridations mondiales. On y voit la fluidité des genres (musicaux et sexuels) s'exprimer bien avant que le sujet ne devienne un débat sur les plateaux télé. C'est un chaos organisé où la cumbia colombienne copule avec l'électro ukrainienne. C'est politique sans avoir besoin de faire de discours.

👀 Les légendes urbaines (vraies) des Trans

Vous pensez que c'est du blabla de journaliste ? Petit rappel des faits d'armes qui se chuchotent dans les loges :

  • Nirvana (1991) : Ils jouent un mois avant la sortie de Nevermind. Personne ne connaît Kurt Cobain. Le soir même, le public est divisé. Six mois plus tard, ils sont rois du monde.
  • Daft Punk (1995) : Ils montent sur scène sans casques. Juste deux gamins parisiens qui retournent la salle. L'histoire s'est écrite ce soir-là.
  • Stromae (2010) : Il arrive avec son petit gilet et ses leçons. Le public s'attend à une blague, il repart avec une claque.

L'anti-cynisme par excellence

Dans un monde où chaque seconde d'attention se monnaye, les Trans Musicales sont une anomalie. C'est fatigant, c'est bruyant, il fait froid, et on marche des kilomètres entre les halls. Mais quand, au détour d'une scène, à une heure indue, vous tombez sur une transe vaudou-funk qui vous scotche au sol, vous comprenez.

Vous n'êtes pas un consommateur ici. Vous êtes un explorateur. Et croyez-moi, dans notre époque aseptisée, c'est le luxe ultime.

ÉC
Élise ChardonJournaliste

Snob ? Peut-être. Passionné ? Sûrement. Je trie le bon grain de l'ivraie culturelle avec une subjectivité assumée. Cinéma, musique, arts : je tranche.