Culture

Francis Huster : Ce que cache l'hyperactivité du dernier géant des planches

Il pourrait se reposer sur ses lauriers (et ses légions d'honneur). Mais non. À 77 ans, Francis Huster repart en guerre. Contre l'oubli, contre la médiocrité, et peut-être contre le temps lui-même. Coulisses d'un retour qui ne dit pas son nom.

ÉC
Élise ChardonJournaliste
13 janvier 2026 à 09:053 min de lecture
Francis Huster : Ce que cache l'hyperactivité du dernier géant des planches

On me l'a confié l'autre soir, dans un bistrot parisien où le Tout-Paris du spectacle aime refaire le monde après 23 heures : Francis Huster ne dort pas. Ou presque pas. C'est une rumeur qui court, mais quand on voit l'agenda du bonhomme, on finit par y croire.

Alors que la plupart des monstres sacrés de sa génération se contentent de caméos luxueux au cinéma ou de mémoires dictés depuis la Côte d'Azur, Huster, lui, est dans l'arène. Toujours. Pas pour l'argent (il a ce qu'il faut), mais pour une raison beaucoup plus viscérale, presque effrayante.

« Le théâtre n'est pas un métier, c'est une hémorragie. Si je m'arrête, je coagule. » — Une phrase lâchée en loge, entre deux changements de costumes.

Le dernier des Mohicans (ou des Molière)

Ce retour au premier plan — même s'il n'est jamais vraiment parti — a quelque chose de messianique. Il ne joue pas Molière ; il est en croisade pour lui. Vous avez vu sa ferveur quand il parle de l'entrée de Jean-Baptiste Poquelin au Panthéon ? Ce n'est pas de la comédie. C'est de l'ordre du sacerdoce.

Dans les coulisses des théâtres privés parisiens, les directeurs se frottent les mains tout en suant à grosses gouttes. Pourquoi ? Parce que Huster remplit. C'est indéniable. Mais travailler avec lui, c'est accepter l'ouragan. Il bouscule les partenaires, il change les rythmes, il vit le texte avec une intensité qui démode instantanément le jeu naturaliste (et parfois un peu plat) des jeunes loups sortis du Conservatoire.

👀 Le secret qu'on n'ose pas lui dire en face
Certains critiques trouvent son jeu « trop ». Trop de sueur, trop de voix, trop de gestes. Mais c'est précisément ce que le public vient chercher : une générosité totale. Huster est l'anti-minimaliste. Dans un monde aseptisé, il est une tache de couleur vive, bruyante et nécessaire.

Une machine de guerre contre l'oubli

Son impact actuel dépasse la simple performance scénique. En enchaînant les tournées, en jouant avec Michel Leeb dans Les Pigeons ou en soliloquant sur Camus, il force le trait d'union entre le théâtre de boulevard populaire et l'exigence intellectuelle. C'est un grand écart qui claque les muscles, mais il le tient.

Il y a aussi cette dimension de transmission (parfois maladroite, toujours sincère). Huster refuse que le théâtre devienne un art de musée poussiéreux. Il veut que ça saigne, que ça crie. Est-il le dernier gardien du temple ? Probablement. Après lui, qui aura cette folie ? Qui osera être aussi baroque, aussi excessif ? Personne. Profitez-en tant que le rideau est levé.

ÉC
Élise ChardonJournaliste

Snob ? Peut-être. Passionné ? Sûrement. Je trie le bon grain de l'ivraie culturelle avec une subjectivité assumée. Cinéma, musique, arts : je tranche.