Philippe Besson : Le pouvoir, la maladie et les secrets inavoués
Entre la rémission d'un cancer gardée sous silence et la sortie de son nouveau roman, l'écrivain prend ses distances avec le pouvoir. Confidences parisiennes.

Il y a quelques jours à peine, sur le plateau de C à vous (le 28 février 2026 pour être précis), une digue intime a cédé. Philippe Besson, l’homme aux mots millimétrés, l’ami des puissants, a dévoilé du bout des lèvres sa rémission d’un cancer. Le plateau a retenu son souffle. (Et dans le cénacle parisien, je vous garantis que les téléphones ont chauffé). Comment celui qui scrute les failles de notre société a-t-il pu cacher les siennes avec une telle maestria ?
Ce n'est évidemment pas un hasard si, en ce début d'année 2026, son nouveau roman Une pension en Italie (éditions Julliard) exhume un lourd secret enfoui sous le soleil toscan des années 60. Déjà l'année dernière, avec Vous parler de mon fils, l'auteur nous avait pris à la gorge en disséquant le harcèlement scolaire et le deuil impossible d'un père. Oubliez la dentelle romanesque d'antan. Aujourd'hui, Besson creuse à l'os.
👀 Pourquoi a-t-il rompu avec la politique ?
👀 Quel est son véritable moteur d'écriture ?
Qu'est-ce que ce retrait fracassant des arcanes du pouvoir change vraiment ? Absolument tout. L’intellectuel de cour a laissé place à l'observateur implacable. Finis les dîners où l'on murmure à l'oreille des ministres. Besson a compris que la véritable boussole de notre époque ne s'affole pas sous les ors de la République, mais bien dans les silences coupables de nos repas de famille. Qui en subit le contrecoup ? Son lectorat, fatalement, qui encaisse de plein fouet une littérature d'une brutalité sourde, astucieusement maquillée sous une prose élégante.
« Je viens de ce silence-là, et je crois que je suis devenu écrivain pour faire un sort à ce silence. »
C'est précisément ici que réside ce qui est si peu dit ailleurs. On cantonne trop souvent Besson à ses triomphes de librairie estivaux, à ses anciennes amitiés élyséennes. (Une erreur d'analyse monumentale). L'homme est en réalité le sismographe le plus précis de nos hypocrisies contemporaines. En tournant le dos aux dorures politiques pour plonger les mains dans la fange de nos secrets intimes, il nous tend un miroir que beaucoup préféreraient briser. Pourquoi continuer à scruter l'arène politique quand la vraie tragédie se joue à huis clos dans nos propres salons ?


