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Procès Mazan : Le naufrage numérique de la justice française

Au-delà de l'effroi, l'affaire Pelicot expose une faille béante : comment un site comme coco.gg a-t-il pu servir de plateforme logistique au viol pendant une décennie, au nez et à la barbe des autorités ?

SA
Siti Aminah
15 Februari 2026 pukul 20.013 menit baca
Procès Mazan : Le naufrage numérique de la justice française

On s'émeut, on manifeste, on s'indigne. Et c'est nécessaire. Mais si l'on éteint un instant les projecteurs braqués sur le courage immense de Gisèle Pelicot pour se tourner vers les coulisses de l'enquête, le tableau change radicalement. Il devient, disons-le, embarrassant pour l'État.

Car ne nous y trompons pas : ce n'est pas la cybersurveillance française, pourtant vantée à coups de millions d'euros de budget, qui a mis fin au calvaire de la victime. C'est un vigile de supermarché. Un simple agent de sécurité qui a surpris Dominique Pelicot en train de filmer sous les jupes de clientes. Sans ce hasard, sans cette bêtise du criminel, le site coco.gg continuerait probablement de ronronner tranquillement, servant de "Tinder du viol" (l'expression est crue, mais la réalité l'est davantage).

⚡ L'essentiel

  • L'aveuglement technologique : L'affaire a été découverte par hasard (un vigile), pas par une enquête numérique pro-active.
  • La latence administrative : Le site coco.gg, connu pour ses dérives depuis des années, n'a été fermé que tardivement.
  • La déréalisation par l'écran : Le procès met en lumière comment l'interface numérique permet aux agresseurs de dissocier l'acte virtuel de la violence réelle.

Comment expliquer qu'une plateforme, signalée maintes fois pour pédopornographie, guet-apens homophobes et trafics en tout genre, ait pu servir de centre logistique à Dominique Pelicot pendant dix ans ? La justice semble découvrir en 2024 ce que n'importe quel internaute un peu curieux savait depuis 2010. On nous parle de manque de moyens. Est-ce vraiment un problème de moyens ou d'archéologie judiciaire ?

« C'est un dossier qui nous montre que la violence numérique n'est pas virtuelle. Elle imprime la chair. Et pourtant, nos lois traitent encore le web comme une zone grise. »

L'autre faille, béante, c'est la gestion de la preuve et la déréalisation. Les accusés défilent à la barre avec cette même rhétorique glaçante : « Je ne savais pas », « Je croyais au scénario libertin ». Comme si l'écran agissait comme un filtre moral, transformant un viol caractérisé en simple interaction ludique. La justice peine à contrer cette "culture du clic" où commander un abus sexuel devient aussi banal que commander un repas.

Le procès de Mazan n'est pas seulement celui de 51 hommes. C'est le procès d'un système qui court derrière la technologie, essoufflé, ramassant les preuves sur des disques durs quand le mal est déjà fait, archivé et classé dans un dossier nommé "ABUS". Si l'on ne réforme pas drastiquement la surveillance de ces zones de non-droit numérique, le prochain Dominique Pelicot est déjà en train de recruter. Sur une autre plateforme, sous un autre pseudo.

SA
Siti Aminah

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