Ekonomi

Sanofi : Le départ de Paul Hudson sonne-t-il la fin de la "Play to Win" ?

C’est officiel : Paul Hudson quitte le navire Sanofi. Après six ans d’une thérapie de choc, le Britannique laisse derrière lui un géant recentré mais fragilisé. Autopsie d’un pari risqué.

AW
Agus Wijaya
12 Februari 2026 pukul 11.054 menit baca
Sanofi : Le départ de Paul Hudson sonne-t-il la fin de la "Play to Win" ?

Il y a des silences qui valent tous les communiqués de presse. Ce matin, dans les couloirs du siège parisien de Sanofi, l'ambiance n'est pas à la nostalgie, mais au bilan comptable. Paul Hudson s'en va. Remplacé au pied levé par Belén Garijo (ex-Merck), le Britannique paie cash la chute du cours de bourse (-13% en 2025) et, surtout, l'impatience des investisseurs. Mais au-delà des chaises musicales, c'est toute la stratégie du géant français qui se retrouve sur le banc des accusés.

Arrivé en 2019 avec son slogan « Play to Win », Hudson avait promis de transformer la vieille dame de la pharmacie française en une biotech agile et vorace. Six ans plus tard, le constat est cruel : Sanofi a vendu ses bijoux de famille (Opella/Doliprane) pour miser sur une R&D qui tarde à livrer ses promesses.

Le pari Dupixent : Bénédiction ou malédiction ?

Soyons honnêtes, sans le Dupixent, Sanofi serait aujourd'hui une proie, pas un prédateur. Ce médicament miracle contre l'eczéma et l'asthme est devenu une machine à cash phénoménale (plus de 15 milliards d'euros de ventes en 2025). C'est le triomphe d'Hudson : avoir tout misé sur ce cheval gagnant.

Mais (et c'est un énorme "mais"), cette dépendance est devenue toxique. Les analystes ne regardent plus Sanofi, ils regardent la "falaise des brevets" de 2031. Qu'a-t-on dans les tuyaux pour prendre la relève ? En 2025, les échecs cliniques du tolebrutinib (sclérose en plaques) ont fait l'effet d'une douche froide. Hudson a vidé la maison pour acheter des billets de loterie R&D... dont beaucoup se sont révélés perdants.

⚡ L'essentiel du bilan Hudson (2019-2026)

  • Le Succès : L'explosion des ventes du Dupixent, devenu l'un des médicaments les plus vendus au monde.
  • Le Sacrifice : La vente controversée de 50% d'Opella (Doliprane) au fonds américain CD&R pour financer la recherche.
  • L'Échec : Une incapacité à sortir rapidement un vaccin Covid et des revers récents en phase 3 sur l'immunologie.
  • La Sanction : Une performance boursière jugée insuffisante face aux rivaux comme Novo Nordisk ou Lilly.

Doliprane : Le chèque de la discorde

C'était le point de rupture avec l'opinion publique française. En finalisant la vente de 50% d'Opella (la division Santé Grand Public) au fonds américain CD&R, Paul Hudson a signé un chèque de 10 milliards d'euros pour Sanofi, mais il a aussi signé son arrêt de mort médiatique en France.

La logique financière était implacable : pourquoi garder une activité à faible marge (le Doliprane) quand on veut faire de la biotech de pointe ? Sauf que la politique a ses raisons que la Bourse ignore. En se coupant de sa base populaire, Sanofi est devenu une entité financière froide, "pure player" certes, mais sans âme.

👀 Qui contrôle vraiment le Doliprane aujourd'hui ?
Officiellement, c'est un partenariat 50-50. Sanofi conserve environ 48% des parts, Bpifrance (l'État) a pris une participation symbolique de près de 2% pour calmer le jeu, et le fonds américain CD&R possède le contrôle opérationnel de 50%. En clair : les usines restent (pour l'instant) en France, mais les dividendes du paracétamol partent en grande partie outre-Atlantique.

L'héritage empoisonné

Belén Garijo récupère donc les clés d'une maison en chantier. La trésorerie est pleine (merci la vente d'Opella), mais le pipeline de médicaments est sous pression. La stratégie de "l'innovation à tout prix" se heurte à la réalité scientifique : on ne décrète pas une découverte majeure comme on optimise une chaîne logistique.

« Hudson a joué au poker avec l'héritage industriel de la France. Il a gagné quelques mains, mais il quitte la table avant que l'on ne voie ses dernières cartes. »

Est-ce que Sanofi est plus moderne qu'en 2019 ? Oui. Est-ce que Sanofi est plus solide ? C'est toute la question. En voulant singer les géants américains de la biotech, le groupe français a peut-être oublié sa force principale : la diversification qui le protégeait des tempêtes. Désormais, Sanofi avance sans filet. Et le prochain faux pas ne pardonnera pas.

AW
Agus Wijaya

Jurnalis yang berspesialisasi dalam Ekonomi. Bersemangat menganalisis tren terkini.