Esporte

Afghanistan vs West Indies : Le silence gênant du cricket mondial

À Sharjah, ce n'est pas juste un match qui se joue, mais une transaction géopolitique. Quand le besoin de cash des Caraïbes rencontre la quête de respectabilité des Talibans, le sport détourne le regard.

TS
Thiago Silva
19 de janeiro de 2026 às 16:013 min de leitura
Afghanistan vs West Indies : Le silence gênant du cricket mondial

Vous entendez ce bruit ? Non, pas le claquement de la batte de Rahmanullah Gurbaz qui envoie la balle en orbite dans le ciel de Sharjah ce 19 janvier. Ce que vous entendez, c'est le silence assourdissant des instances internationales. Alors que l'équipe d'Afghanistan affronte les West Indies dans cette série T20 délocalisée aux Émirats, tout le monde feint de regarder ailleurs.

Sur le papier, c'est une belle affiche : la magie des spinners afghans contre la puissance de feu caribéenne. Mais grattez le vernis, et vous trouverez l'un des deals les plus cyniques du sport moderne.

⚡ L'essentiel

  • Le Deal : Les West Indies, en crise financière perpétuelle, ont besoin de jouer pour toucher les droits TV et les fonds de l'ICC.
  • Le Sportswashing : Pour le régime taliban, chaque match contre une nation majeure (« Full Member ») est une victoire diplomatique qui normalise leur drapeau.
  • Les Oubliées : L'équipe féminine afghane, exilée en Australie, regarde ce spectacle depuis son canapé, financée par une « task force » de l'ICC qui ressemble plus à une bonne conscience qu'à une vraie solution.

Le prix de la survie (et de l'honneur)

Soyons clairs : le cricket caribéen est fauché. C'est une vérité qui fait mal aux nostalgiques de l'ère de Sir Viv Richards, mais la West Indies Cricket Board (CWI) navigue à vue. Leurs infrastructures vieillissent, leurs stars préfèrent les chèques des ligues privées (IPL, SA20) au maillot national, et leur part du gâteau des revenus de l'ICC a fondu (environ 5%).

Alors, quand l'opportunité se présente de jouer une série contre l'Afghanistan – une équipe qui attire les foules asiatiques et les sponsors indiens – on ne pose pas de questions sur les droits humains. On joue. (Et on encaisse).

« Le cricket international est devenu une transaction : je te donne la légitimité, tu me donnes l'audience. Les femmes afghanes ? Elles ne sont pas dans le contrat de diffusion. »

L'Afghanistan : Le "Soft Power" en tenue blanche

Pour l'Afghanistan, ou plutôt pour ceux qui contrôlent Kaboul, le calcul est inverse. Ils n'ont pas besoin d'argent (le trafic de drogue et les aides humanitaires détournées suffisent), ils ont besoin d'images. Voir Rashid Khan sourire aux côtés du capitaine caribéen, c'est dire au monde : « Regardez, nous sommes un pays normal. »

C'est du sportswashing pur et dur. Et ça marche. En 2024, l'Afghanistan a atteint les demi-finales de la Coupe du Monde. En 2026, ils enchaînent les séries. Pendant ce temps, les filles afghanes n'ont même plus le droit d'entrer dans un parc, encore moins dans un stade.

La schizophrénie de l'ICC

Le rôle de l'International Cricket Council (ICC) dans cette mascarade est fascinant. D'un côté, ils continuent de verser des millions au board afghan (contrôlé de facto par les Talibans). De l'autre, ils ont annoncé en avril 2025 un fonds de soutien pour les joueuses exilées en Australie. C'est le comble du cynisme bureaucratique : on finance les bourreaux pour le spectacle, et on jette quelques miettes aux victimes pour l'image.

Ce match à Sharjah n'est pas anodin. C'est la preuve que dans le bras de fer entre l'éthique et l'économie, le cricket a choisi son camp. L'argent n'a pas d'odeur, même quand il flotte un parfum de régression historique.

TS
Thiago Silva

Jornalista especializado em Esporte. Apaixonado por analisar as tendências atuais.