Dakar-Rabat : Quand le football masque la diplomatie du chéquier
Ne vous fiez pas aux accolades en tribune présidentielle. Derrière la "fraternité" affichée entre Lions de la Téranga et Lions de l'Atlas, se joue une partie bien plus brutale pour le leadership africain. Spoiler : le ballon n'est qu'un prétexte.

Vous avez aimé les dribbles de Sadio Mané ? Vous adorez la solidité défensive d'Achraf Hakimi ? C'est mignon. Mais si vous pensez que le match Sénégal-Maroc se limite à vingt-deux millionnaires en short courant après un ballon, vous passez à côté de l'essentiel. Éteignez votre télé, rangez vos vuvuzelas et ouvrez les livres de comptes.
Car ce qui se joue entre Dakar et Rabat n'est pas un simple derby zonal. C'est la vitrine d'une OPA (Offre Publique d'Achat) amicale mais ferme du Royaume chérifien sur le leadership ouest-africain. Et le football ? C'est juste le lubrifiant diplomatique le plus efficace du monde.
👀 Pourquoi parle-t-on de "Soft Power" marocain ?
L'ami qui vous veut du bien (et qui possède vos banques)
L'axe Senghor-Lekjaa (du nom des présidents des deux fédérations) est souvent cité en exemple. Augustin Senghor, le patron du foot sénégalais, vante une collaboration "organique". Traduction pour les cyniques : une dépendance confortable. Pendant que le Sénégal exporte son talent brut et son aura culturelle (la "Téranga"), le Maroc exporte son savoir-faire infrastructurel et ses capitaux.
« Le football est la continuation de la banque par d'autres moyens. Quand vous atterrissez à Dakar avec Royal Air Maroc pour retirer de l'argent dans une filiale d'Attijariwafa Bank avant d'aller voir un match au stade, vous comprenez qui tient le sifflet économique. »
C'est là tout le paradoxe. Sur le terrain, le Sénégal regarde le Maroc dans les yeux, voire le domine par séquences grâce à une génération dorée. Mais dès qu'on sort du rectangle vert, le rapport de force s'inverse. Les Lions de la Téranga sont les rois de l'émotion ; les Lions de l'Atlas sont les rois de la construction (BTP) et de la gestion.
La diplomatie du gazon : un cache-misère ?
Ne soyons pas naïfs. Si le Maroc déroule le tapis rouge aux équipes sénégalaises (matchs amicaux, stages offerts), c'est aussi pour sécuriser sa "façade atlantique". Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, qui doit passer par Dakar, vaut bien quelques concessions sportives. Le président Bassirou Diomaye Faye, bien que porteur d'une rupture souverainiste, sait qu'on ne coupe pas les ponts avec un partenaire qui pèse aussi lourd dans le PIB national.
Alors, la prochaine fois que vous verrez les officiels s'embrasser après un but, demandez-vous : célèbrent-ils une victoire sportive ou la signature d'un nouveau contrat de BTP pour une autoroute à Thiès ? Dans ce grand jeu géopolitique, le score final est souvent décidé bien avant le coup d'envoi.