Esporte

Le Cœur sous la combi : Sivert Bakken ou l'art de la patience glaciale

Alors que les projecteurs de Milan-Cortina aveuglent le monde, un homme skie dans l'ombre. L'histoire de Sivert Bakken n'est pas celle d'un triomphe bruyant, mais d'une résurrection clinique qui redéfinit la performance.

TS
Thiago Silva
10 de fevereiro de 2026 às 17:023 min de leitura
Le Cœur sous la combi : Sivert Bakken ou l'art de la patience glaciale

Imaginez le silence. Pas celui, majestueux, des forêts enneigées de Lillehammer, mais celui, strident et aseptisé, d'une salle d'attente en cardiologie. C'est là que Sivert Bakken, vainqueur du globe de la Mass Start en 2022 et prince héritier du biathlon norvégien, a passé deux hivers. Pendant que Johannes Bø empilait les médailles et que la machine norvégienne broyait la concurrence, Bakken écoutait son propre rythme cardiaque, interdit de monter en pulsation.

Aujourd'hui, en ce mois de février 2026, alors que la planète a les yeux rivés sur les Jeux de Milan-Cortina, le retour de Bakken se joue ailleurs, presque en catimini. Et c'est précisément ce silence qui doit nous interpeller.

⚡ L'essentiel

  • Le fait : Après deux saisons blanches dues à une péricardite, Sivert Bakken a repris la compétition en IBU Cup (le circuit B), loin des caméras de la Coupe du Monde.
  • Le contexte : La densité de l'équipe norvégienne est telle qu'un ex-vainqueur de Globe doit repartir de zéro, sans passe-droit.
  • L'enjeu : Son parcours pose la question cruciale de la gestion cardiaque dans les sports d'endurance post-2020.

Ce n'est pas un film Hollywoodien. Il n'est pas revenu pour tout rafler dès sa première course à Sjusjøen. Non, il est revenu pour être là. (Et dans le sport de haut niveau, c'est déjà un miracle). Son retour en IBU Cup, l'antichambre de l'élite, illustre une réalité brutale que les diffuseurs télévisés oublient souvent : la mémoire du sport est courte, très courte.

Le biathlon moderne ne vous attend pas. Il vous remplace. Si le moteur cale, on change la pièce. Bakken nous force à regarder l'humain derrière la mécanique.

Mais au-delà de la performance sportive, le cas Bakken agit comme un révélateur chimique sur l'avenir des sports d'hiver. Il incarne cette nouvelle génération d'athlètes pour qui la santé n'est plus un "bruit de fond" mais une donnée télémétrique aussi critique que la glisse des skis. Combien d'autres skieurs, moins médiatisés, ont dû ranger la carabine pour des anomalies cardiaques ces dernières années ?

👀 Pourquoi son problème cardiaque a-t-il été si long à guérir ?
Sivert Bakken a souffert d'une péricardite (inflammation de la membrane entourant le cœur). Contrairement à une fracture, on ne peut pas "forcer" la rééducation. Le seul remède est le repos total. Toute élévation du rythme cardiaque peut entraîner des cicatrices permanentes ou un arrêt cardiaque. Pour un athlète d'élite dont le cœur est l'outil de travail principal, c'est une torture psychologique autant que physique : il se sentait capable, mais son corps lui disait "stop".

Le "retour silencieux" de Bakken est peut-être la victoire la plus éclatante de ces Jeux, même s'il ne monte pas sur la plus haute marche à Antholz ou Cortina. Il nous rappelle que la durabilité d'une carrière — et d'une vie — vaut plus qu'un hiver de gloire. Alors que la Norvège continue de produire des champions à la chaîne, Sivert Bakken est devenu, malgré lui, le visage d'une résilience patiente. Celle qui ne fait pas de bruit, mais qui dure.

TS
Thiago Silva

Jornalista especializado em Esporte. Apaixonado por analisar as tendências atuais.