Economía

Safran : Le pivot (trop ?) solitaire de la défense européenne

Derrière les discours triomphants sur l'Europe de la Défense, une réalité crue : sans Safran, l'autonomie stratégique du Vieux Continent s'effondre. Mais ce monopole de fait est-il une force ou une bombe à retardement ?

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Manuel VargasPeriodista
12 de enero de 2026, 12:253 min de lectura
Safran : Le pivot (trop ?) solitaire de la défense européenne

On nous vend l'image d'une symphonie industrielle européenne, où Français, Allemands et Espagnols marcheraient main dans la main vers un futur blindé. La réalité ? C'est une partie de poker menteur. Et à ce jeu-là, Safran ne se contente pas de distribuer les cartes : le groupe détient la table, les chaises et le bâtiment.

Pourquoi ? Parce que la souveraineté, ce n'est pas (seulement) des poignées de main à l'Élysée. C'est de la thermodynamique. C'est la capacité de fondre des aubes de turbine monocristallines qui ne fondent pas à 1500°C. Et aujourd'hui, qui maîtrise cette chaîne de A à Z en Europe sans appeler Washington à l'aide ? Pas grand-monde.

La souveraineté technologique ne se décrète pas dans un livre blanc. Elle se forge dans des fonderies de haute précision que nos voisins nous envient jalousement.

Le Rafale : l'arbre qui cache la forêt (et les failles)

Regardons les chiffres froidement. Le succès insolent du Rafale à l'export ? C'est Safran (et son moteur M88). La modernisation de la dissuasion nucléaire ? Encore eux. Le groupe dirigé par Ross McInnes est devenu l'assurance-vie de l'État français. C'est confortable. Peut-être trop.

Car cette hyper-puissance pose un problème de taille à nos amis allemands dans le cadre du SCAF (le Système de Combat Aérien du Futur). Comment voulez-vous négocier un partage industriel équitable quand l'un des partenaires a 30 ans d'avance technologique sur la propulsion militaire ? (Spoiler : vous ne le faites pas, vous bloquez le processus).

Un colosse face à la mutation technologique

Mais ne nous laissons pas aveugler par les carnets de commandes pleins à craquer jusqu'en 2030. L'analyste averti voit les fissures. Safran est un roi du moteur thermique et de l'optatronique classique. Quid de l'hybridation ? De l'intelligence artificielle embarquée pour les essaims de drones ?

Voici le rapport de force actuel, qui montre pourquoi Safran est à la fois le sauveur et le problème de l'équation européenne :

CritèreSafran (France)MTU (Allemagne)Rolls-Royce (UK - Hors UE)
Maîtrise complète (Parties chaudes)TotalePartielleTotale
Dépendance politiquePivot de l'ÉtatSous-traitant cléStratégique mais isolé
Positionnement SCAFLeader imposéChallenger frustréProjet concurrent (GCAP)

L'illusion de l'indépendance totale

C'est là que le bât blesse. Être le pivot de la souveraineté, c'est bien. Mais quand votre chaîne d'approvisionnement en titane dépendait hier de la Russie et aujourd'hui de circuits complexes passant par l'Asie centrale, cette souveraineté est-elle aussi solide que le cours de l'action en bourse ?

Safran joue un jeu dangereux. En s'imposant comme l'unique garant crédible de la puissance de feu française, le groupe s'expose. Si Safran tousse (une grève, une pénurie, un défaut qualité), c'est toute l'armée de l'Air et de l'Espace qui s'enrhume. L'Europe de la défense ne cherche pas un roi, elle cherche des partenaires. Pour l'instant, elle n'a trouvé qu'un suzerain français.

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Manuel VargasPeriodista

Periodista especializado en Economía. Apasionado por el análisis de las tendencias actuales.