Alain Orsoni : L'insubmersible qui en savait trop sur la Corse
Il a survécu aux balles, aux guerres fratricides du nationalisme et aux tempêtes de la Ligue 1. Portrait non officiel d'un homme qui a érigé la survie au rang d'art majeur.

On va se parler franchement. En Corse, il y a ceux qui parlent, ceux qui agissent, et puis il y a Alain Orsoni. Si vous croyez que ce n'est qu'un ancien président de club de foot un peu clivant, vous n'avez regardé que la couverture du livre. (Et quel livre, soit dit en passant).
Dans les dîners en ville, à Paris, on le fantasme souvent en parrain de cinéma. La réalité ? Elle est bien plus complexe, et surtout, beaucoup plus rugueuse. Orsoni, c'est avant tout l'histoire d'un funambule qui marche sur un fil barbelé depuis quarante ans sans jamais tomber, là où la plupart de ses compagnons de route des années de plomb sont aujourd'hui six pieds sous terre.
« Je ne suis pas un saint, mais je suis vivant. Dans mon monde, c'est déjà une forme d'exploit qui dérange. » – Une philosophie qui résume l'homme mieux que n'importe quel casier judiciaire.
Le Football comme gilet pare-balles
Pourquoi s'accrocher autant à l'AC Ajaccio pendant toutes ces années ? Pour l'amour du maillot ? Laissez-moi rire doucement. Le football, pour un homme de sa trempe, c'est la meilleure des assurances-vie. C'est la lumière.
Tant que vous êtes sous les projecteurs de la Ligue 1 ou de la Ligue 2, tant que vous serrez la main des préfets dans les tribunes VIP le vendredi soir, vous devenez une cible difficile. Orsoni a compris avant tout le monde que le "soft power" du sport était plus efficace qu'une escouade de gardes du corps (même si, soyons honnêtes, l'un n'empêche pas l'autre). Il a fait de l'ACA une forteresse, un bastion où la politique et le business se croisaient dans les vestiaires.
Les fantômes du passé ne dorment jamais
Ce qui fascine chez le "Bel Alain", c'est cette capacité à naviguer entre les eaux troubles du nationalisme (l'époque du MPA, cette fracture sanglante avec le FLNC) et la respectabilité médiatique. Il a cette aura de l'initié, celui qui a vu les cartes être distribuées avant que la partie ne commence.
Mais ne nous y trompons pas : le calme actuel est trompeur. Sa mise en retrait officielle des affaires courantes ne signifie pas une perte d'influence. Au contraire. C'est souvent quand on ne les voit plus que les marionnettistes sont les plus actifs.
👀 Pourquoi est-il resté intouchable ?
1. La mémoire : Orsoni détient sans doute des secrets politiques qui feraient trembler bien des institutions s'ils sortaient.
2. L'agilité : Il a su condamner la violence au bon moment, se positionnant comme un interlocuteur "raisonnable" face au chaos.
3. La chance : Il ne faut jamais sous-estimer le facteur chance chez un homme qui a échappé à plusieurs contrats.
Aujourd'hui, alors que la Corse traverse de nouvelles zones de turbulences institutionnelles, la figure d'Orsoni plane toujours. Est-il un sage revenu de tout ou un stratège qui attend son heure ? Une chose est sûre : dans le grand théâtre insulaire, il reste le seul acteur à n'avoir jamais quitté la scène, même quand le rideau semblait devoir tomber définitivement.
Le pouls de la rue, les tendances de demain. Je raconte la société telle qu'elle est, pas telle qu'on voudrait qu'elle soit. Enquête sur le réel.