Catherine Samie : L'ombre sacrée qui fait trembler les murs du Français
À l'heure où le théâtre se cherche entre écrans géants et micro-HF, une silhouette règne encore sur la Salle Richelieu. Catherine Samie n'est pas juste une actrice, c'est le dernier monstre sacré d'une époque révolue.

Il faut avoir traîné ses guêtres dans les couloirs feutrés de la rue de Richelieu pour comprendre. Quand Catherine Samie traverse le foyer des artistes, le bruit des conversations s'éteint. Pas par peur (quoique, les jeunes pensionnaires rasent les murs), mais par une sorte de révérence instinctive. On ne salue pas simplement une collègue ; on s'incline devant un siècle de mémoire vivante.
Ce n'est pas de la nostalgie, c'est de la brutalité pure. À plus de 90 ans, dont presque soixante-dix passés dans la Maison de Molière, elle est devenue l'ultime rempart. Contre quoi ? Contre ce théâtre aseptisé, ce "jeu blanc" que l'on enseigne parfois dans les écoles modernes où l'on murmure plus qu'on ne projette. Samie, elle, ne murmure pas. Elle gronde. Elle fait vibrer les planches avec une diction qui semble remonter aux origines de la tragédie.
« Quand elle ouvre la bouche, ce n'est pas une voix qui sort, c'est du violoncelle frotté avec du gravier. C'est le son du Théâtre avec un grand T, celui qui ne s'excuse pas d'être artificiel pour toucher au vrai. »
J'ai assisté, caché dans l'obscurité d'une répétition (ne me demandez pas comment je suis entré), à un moment suspendu. Un jeune metteur en scène, brillant, « tendance », tentait de déconstruire un classique. Il voulait du réalisme, du quotidien. Catherine Samie est entrée en scène. Elle n'a rien fait. Elle s'est juste tenue là, immobile. Et soudain, tout le concept de mise en scène s'est effondré. Sa simple présence est un acte de résistance. Elle rappelle que le théâtre n'est pas la vie : c'est mieux.
Dans les loges, on raconte que certains directeurs redoutent son jugement silencieux plus que celui des critiques du Masque et la Plume. Parce qu'elle sait. Elle a tout vu. Les gloires, les scandales, les révolutions de palais. Elle incarne cette tradition française que l'on dit poussiéreuse mais qui, paradoxalement, n'a jamais été aussi punk face à l'uniformisation culturelle.
👀 Ce que personne n'ose lui dire en face
Est-elle éternelle ? On finit par le croire. Alors que les tendances passent, que les écrans envahissent les scénographies, Catherine Samie reste là, tel un monolithe noir au milieu de la scène. Elle ne joue pas le rôle de la doyenne ; elle est l'institution. Et tant qu'elle respirera cet air vicié des coulisses, une certaine idée de la grandeur résistera à l'effacement.
Snob ? Peut-être. Passionné ? Sûrement. Je trie le bon grain de l'ivraie culturelle avec une subjectivité assumée. Cinéma, musique, arts : je tranche.