Dimanche soir sur TF1 : Le cinéma n'est plus qu'un prétexte (et vous tombez dans le panneau)
Alors que la « grand-messe » du dimanche soir rassemble encore les foules, l'analyse des chiffres révèle une réalité bien plus cynique. Le film n'est plus une œuvre : c'est un appât algorithmique.
21h10. Le jingle retentit. Comme un réflexe pavlovien, des millions de foyers français se figent devant l'écran pour Un p'tit truc en plus (ou le blockbuster équivalent que la régie pub a réussi à s'offrir). Sur le papier, c'est la victoire du « village gaulois » : une audience massive, unifiée, qui résiste à l'assaut des plateformes américaines. On nous vend la nostalgie du feu de camp numérique. C'est beau. C'est rassurant. C'est surtout une illusion comptable parfaitement orchestrée.
Regardons ce qui se passe vraiment quand on éteint la lumière du salon (et qu'on allume son sens critique).
Le film du dimanche soir n'est plus une fin en soi culturelle. C'est un Loss Leader, un produit d'appel vendu à perte pour vous faire entrer dans l'écosystème data de la chaîne.
Le mythe de la forteresse imprenable
TF1 se targue d'être le dernier rempart du cinéma populaire. Les communiqués de presse de demain matin nous hurleront un « Carton Historique » à 6 ou 7 millions de téléspectateurs. Mais qui sont-ils ? Si l'on gratte le vernis des chiffres globaux (les fameux « 4 ans et plus »), la structure de l'audience s'effrite dangereusement. Les moins de 25 ans ? Ils ne sont pas là. Ils sont sur TikTok, à scroller des extraits du film piratés et remontés en format vertical, ou sur Fortnite.
La « fragmentation » n'est pas un risque futur, elle est l'état actuel du marché. Ce soir, la chaîne ne fédère pas la France ; elle fédère la France qui n'a pas encore basculé totalement sur le non-linéaire. Une rente de situation qui fond comme neige au soleil (malgré les efforts désespérés pour rajeunir l'antenne).
La mutation : De l'Audimat au CPM Data
Pourquoi continuer à payer des millions pour des droits de diffusion exclusifs si l'audience vieillit ? C'est là que le cynisme économique devient brillant. Le film de ce soir n'est pas là pour faire de l'audience TV traditionnelle. Il est là pour :
- Gonfler artificiellement la valeur du spot pub de 21h30 (le plus cher de France).
- Surtout, servir de produit d'appel pour TF1+.
La stratégie a changé. On ne veut plus seulement que vous regardiez la télé. On veut que vous installiez l'application pour voir la fin, ou le début, ou le bonus. Le téléspectateur est devenu un user qu'il faut onboarder.
L'ultime paradoxe
Alors, faut-il boycotter ce rempart ? Non. Mais il faut le regarder pour ce qu'il est : non pas une résistance culturelle face à Netflix, mais une tentative de mimétisme industriel. TF1 ne combat pas la fragmentation en rassemblant les gens devant une œuvre ; elle combat la fragmentation en essayant de devenir, elle aussi, un algorithme.
Ce soir, savourez le film. Mais demandez-vous : est-ce le cinéma qui est célébré, ou la capacité d'une holding à maintenir sa domination sur votre temps de cerveau disponible ? La réponse se trouve probablement dans la coupure pub.
L'argent ne dort jamais, et moi non plus. Je dissèque les marchés financiers au scalpel. Rentabilité garantie de l'info. L'inflation n'a aucun secret pour moi.