Doums : L'architecte de l'ombre que le rap français n'a pas réussi à polir
Pendant que ses frères d'armes remplissaient Bercy, Doums a choisi l'exigence du studio. Plongée dans la trajectoire d'un technicien qui refuse de lisser son art pour plaire aux radios.

On va se le dire franchement, entre nous. Dans les couloirs des maisons de disques parisiennes, le cas Doums a longtemps fait grincer des dents. Imaginez le tableau : vous avez sous la main l'un des piliers de L'Entourage, le binôme historique de Nekfeu, un charisme brut capable de bouffer l'écran... et le type refuse catégoriquement de jouer le jeu du tube facile. C'est presque de l'insolence.
Là où d'autres auraient vendu leur mère (et leur flow) pour une rotation sur Skyrock, Doums a pris le chemin inverse. C'est l'histoire d'un refus.
Dans un écosystème obsédé par la "zumba" et les refrains chantés, Doums reste le gardien d'un temple où la technique prime sur la mélodie facile. C'est un puriste, au sens noble et parfois chiant du terme.
On oublie souvent que techniquement, le natif du 9e arrondissement est une machine de guerre. Ceux qui ont poncé les Pilote savent de quoi je parle. Il ne rappe pas pour ambiancer les chichas ; il rappe pour que les autres rappeurs se sentent nuls. (Et ça marche). Ses placements sont chirurgicaux, ses rimes multisyllabiques tombent avec une lourdeur satisfaisante, comme un sac de ciment sur un parquet ciré.
L'ombre de Nekfeu ? Plutôt sa colonne vertébrale.
C'est là que le bât blesse pour le grand public. On l'a trop souvent résumé à "l'ami de". Grave erreur. Si Nekfeu est la lumière qui a attiré les foules, Doums a toujours été le sol solide sur lequel cette crédibilité reposait. Vous croyez vraiment que le Fenek aurait gardé ce niveau de kickage sans un sparring-partner comme Doums pour le pousser dans ses retranchements ?
Mais il y a un prix à payer pour cette intégrité. En refusant de lisser son image, Doums s'est coupé d'une partie du gâteau commercial. Est-ce qu'il s'en fout ? Probablement. On murmure souvent en backstage que son ambition n'a jamais été de finir en couverture de GQ, mais de sortir le couplet qui fera rembobiner Alpha Wann.
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Aujourd'hui, alors que le rap français se cherche une nouvelle identité entre jersey drill et mélancolie synthétique, Doums fait figure de dernier des Mohicans. Il n'est pas "old school" – le terme est ringard – il est intemporel. Il rappelle que le rap, avant d'être une industrie millionnaire, est un artisanat.
Alors non, il ne fera peut-être jamais les scores de Jul. Mais demandez à n'importe quel rappeur qui il respecte le plus dans le game. Le nom de Doums sortira avant même que vous ayez fini votre phrase. Et ça, ça ne s'achète pas.
Snob ? Peut-être. Passionné ? Sûrement. Je trie le bon grain de l'ivraie culturelle avec une subjectivité assumée. Cinéma, musique, arts : je tranche.