Gilles Gressani : Le cerveau caché de la nouvelle Europe ?
Oubliez les énarques grisés. C’est depuis les pages d’une revue intellectuelle que se redessine, dans une discrétion savamment orchestrée, la carte mentale du Vieux Continent.
Vous ne le verrez probablement pas s'écharper sur un plateau de chaîne d'info en continu à 20 heures. Ce n'est pas son arène. Gilles Gressani, c'est l'homme du temps long, celui qui murmure à l'oreille des chancelleries pendant que le monde s'excite sur un tweet. Le Grand Continent, sa revue (qui est en réalité bien plus que du papier), est devenue en quelques années le manuel officieux de l'élite européenne. Comment un normalien italien a-t-il réussi à hacker le logiciel diplomatique français et européen ?
« L'Europe ne se pense plus à Bruxelles par des normes, mais dans les livres par des concepts. Gressani a compris ça avant tout le monde. » – Un diplomate du Quai d'Orsay (off)
C'est un secret de polichinelle dans le 7ème arrondissement de Paris : quand Emmanuel Macron parle d'autonomie stratégique ou de la fin de la « naïveté » européenne, il y a souvent du Gressani dans le texte. L'approche est chirurgicale. Là où les think tanks traditionnels produisent des notes techniques indigestes que personne ne lit vraiment, l'équipe du Groupe d'études géopolitiques (le GEG, la maison-mère) produit du récit.
Ils ont compris une chose fondamentale : pour exister face à la Chine et aux États-Unis, l'Europe ne manquait pas de PIB, elle manquait d'imaginaire. Gressani ne vend pas des solutions clés en main ; il vend une grille de lecture. Celle d'une Europe qui doit accepter la tragédie de l'Histoire (adieu la fin de l'histoire de Fukuyama) pour devenir une puissance carnivore.
👀 Qui lit vraiment Le Grand Continent ?
Le tour de force est là : avoir transformé l'intellectualisme germanopratin, souvent moqué pour sa déconnexion, en une arme de soft power redoutable. Leurs sommets, souvent organisés dans des lieux symboliques (comme en Vallée d'Aoste), ressemblent à des conclaves où la pensée précède l'action politique. On y croise des Premiers ministres qui viennent chercher, non pas des sondages, mais une cohérence.
Mais attention à l'ivresse des sommets. Si l'influence est indéniable, le passage de la théorie à la pratique reste le talon d'Achille de cette nouvelle doctrine. Écrire que l'Europe doit être géopolitique est une chose ; convaincre Berlin d'envoyer des chars ou Varsovie de s'aligner sur une vision commune en est une autre. Gressani a fourni le logiciel, mais l'Europe a-t-elle le matériel pour le faire tourner ?
Je hante les couloirs du pouvoir. Je traduis le "politiquement correct" en français courant. Ça pique, mais c'est vrai. Les lois, je les lis avant le vote.