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Le Shah d’Iran : Pourquoi ce fantôme fait trembler Téhéran (et l'Histoire)

On le croyait enterré sous le poids de la Révolution de 79. Erreur. Mohammad Reza Pahlavi est devenu l'arme la plus inattendue de la jeunesse iranienne contre le régime actuel. Nostalgie aveugle ou calcul politique ?

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VictorJournaliste
11 janvier 2026 à 19:113 min de lecture
Le Shah d’Iran : Pourquoi ce fantôme fait trembler Téhéran (et l'Histoire)

C’est l’ironie suprême de l’Histoire, celle qui doit faire se retourner l’Ayatollah Khomeini dans sa tombe dorée. Quarante-cinq ans après avoir été chassé comme un paria, Mohammad Reza Pahlavi est de retour. Pas en chair et en os, évidemment, mais sous la forme d'un mème, d'un slogan, d'une idée fantasmée.

Avez-vous remarqué ces vidéos granuleuses qui inondent TikTok et Instagram dès que la rue iranienne s'enflamme ? On y voit des femmes en minijupe dans le Téhéran des années 70, des plages mixtes et une économie qui semblait rivaliser avec l'Europe. Arrêtons-nous une seconde. Est-ce que cette nostalgie sépia raconte toute l'histoire ? Absolument pas. Mais en géopolitique, la vérité compte souvent moins que la perception.

L'histoire ne se répète pas, mais elle bégaye parfois violemment : le symbole de la tyrannie d'hier est devenu l'icône de la liberté d'aujourd'hui.

L'amnésie sélective comme arme de guerre

Soyons clairs (et un peu cyniques) : la génération Z iranienne, celle qui brave les balles réelles, n'a jamais connu la SAVAK. Elle n'a jamais senti le souffle froid de la police secrète du Shah. Ce qu'elle connaît, c'est la police des mœurs actuelle, l'inflation à trois chiffres et l'isolement international.

Dans ce contexte, le Shah n'est plus un homme politique avec un bilan mitigé ; il est devenu l'avatar du "Tout sauf eux". C'est une construction intellectuelle fascinante. En criant « Reza Shah, que ton âme soit bénie ! » dans les rues d'Ispahan, les manifestants ne demandent pas nécessairement le retour de la monarchie absolue. Ils trollent le régime des Mollahs. Ils appuient là où ça fait mal, en réhabilitant la seule figure que la République Islamique a passé quatre décennies à diaboliser.

L'ÉlémentNarratif "Nostalgie Pahlavi"La Réalité Nuancée
Libertés"On s'habillait comme on voulait, c'était l'Occident."Vrai pour les mœurs (vêtements, alcool), faux pour la politique (parti unique, censure).
Économie"Le Rial valait quelque chose, tout le monde était riche."Croissance explosive mais inégalités massives et corruption endémique de l'élite.
Géopolitique"L'Iran était le gendarme respecté du Golfe."Une puissance régionale, certes, mais perçue comme la marionnette des États-Unis.

Le fils, l'Occident et le piège du "Sauveur"

C'est ici que l'analyse doit se durcir. Cette résurgence n'est pas qu'un phénomène sociologique interne ; c'est une carte maîtresse sur la table de poker du Moyen-Orient. Reza Pahlavi, le fils exilé, joue sa partition avec une prudence de sioux. Il ne se revendique plus comme roi, mais comme facilitateur d'une transition démocratique. Habile ? Sans doute.

Mais regardons qui applaudit. Israël et certains néoconservateurs américains voient d'un très bon œil ce révisionnisme historique. Pourquoi ? Parce qu'il délégitime les fondements mêmes de 1979. Si le Shah n'était pas si terrible, alors la Révolution était une erreur, et le régime actuel est une usurpation. C'est une guerre de légitimité.

Toutefois, croire que le retour à une dynamique pré-1979 stabiliserait la région est un leurre. L'Iran a changé. La démographie a changé. Penser que l'on peut simplement faire "Command-Z" sur 45 ans d'histoire est une naïveté que seuls les think-tanks de Washington peuvent se permettre. L'héritage du Shah est un outil de destruction du régime actuel, pas nécessairement un plan de construction pour le suivant. Le passé est un refuge confortable, mais on n'y habite pas.

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VictorJournaliste

Je décrypte le chaos mondial entre deux escales. Géopolitique acerbe pour citoyens du monde pressés. Correspondant permanent là où ça chauffe.