Culture

Misanthrope : Le chef-d’œuvre "saboté" qui humilie l’Amérique

Sorti dans l'indifférence en 2023, rebaptisé de force par les studios, ce thriller nihiliste connaît une résurrection spectaculaire en 2026. Retour sur un fiasco industriel qui cachait une vérité trop laide pour Hollywood.

ÉC
Élise ChardonJournaliste
26 janvier 2026 à 05:013 min de lecture
Misanthrope : Le chef-d’œuvre "saboté" qui humilie l’Amérique

Vous avez sans doute vu passer ce film sur vos plateformes de streaming cette semaine. Il trône dans le Top 10, arrogant, sombre, magnétique. Misanthrope. Ou peut-être l'avez-vous trouvé sous son titre américain aseptisé, To Catch a Killer ? (On reviendra sur cette escroquerie intellectuelle). Ce que les chiffres de visionnage ne disent pas, c'est que ce film est un miraculé. C'est l'histoire d'un crash organisé.

Pourquoi parle-t-on soudainement d'un film de 2023 en janvier 2026 ? Parce que le temps a fini par donner raison à son réalisateur, Damián Szifron, contre la machine hollywoodienne. Ce n'est pas juste un polar. C'est un doigt d'honneur tendu à la société du spectacle.

L'Amérique refuse son propre reflet

Soyons clairs : l'Amérique déteste qu'on lui mette le nez dans sa propre saleté. Damián Szifron, le génie argentin derrière Les Nouveaux Sauvages, a commis l'impensable pour son premier film en anglais. Il n'a pas filmé un "méchant" de bande dessinée. Il a filmé la conséquence logique du rêve américain.

Le tueur ici n'est pas un monstre inexplicable. C'est un produit manufacturé par le système. Un végétalien radical, dégoûté par l'abattoir industriel qu'est devenu le monde moderne, qui décide de nettoyer la société au fusil de précision. Le film ne justifie pas ses actes. Pire : il les comprend. Et ça, le box-office US ne pouvait pas l'avaler.

👀 Pourquoi le titre a-t-il provoqué un scandale en coulisses ?

C'est une guerre d'ego et de marketing. Damián Szifron voulait le titre Misanthrope. C'est philosophique, ça décrit l'état d'esprit du tueur... et de l'enquêtrice (Shailene Woodley). Mais les distributeurs américains ont paniqué. Ils ont jugé le mot "trop intellectuel" pour le public de masse. Ils l'ont renommé To Catch a Killer (Pour attraper un tueur).

Le résultat ? Un titre de téléfilm bas de gamme qui a tué l'identité de l'œuvre. Szifron a publiquement désavoué cette décision, qualifiant le marketing de "lâche". En Europe, nous avons eu la chance de garder le titre original, et donc, le sens de l'œuvre.

Une héroïne aussi brisée que le coupable

Oubliez les super-flics du FBI en costume cintré (à la Esprits Criminels). Eleanor Falco, jouée par une Shailene Woodley méconnaissable, est une épave. Elle s'automutile. Elle est antisociale. Elle est, par définition, une misanthrope fonctionnelle. C'est là que le film devient brillant : pour attraper quelqu'un qui hait l'humanité, il faut quelqu'un qui ne l'aime pas beaucoup non plus.

La police officielle échoue parce qu'elle cherche des motifs rationnels (terrorisme, argent, gloire). Eleanor réussit parce qu'elle comprend le vide. La scène finale n'est pas une victoire. C'est un constat d'échec collectif.

Vision Hollywoodienne (Le Produit)Vision de Szifron (L'Œuvre)
Titre : To Catch a KillerTitre : Misanthrope
Cible : Fans de "Le Silence des Agneaux"Cible : Critiques du capitalisme tardif
Message : Le bien triomphe du malMessage : Nous sommes tous malades

Le verdict du temps

Alors, pourquoi ce succès tardif ? Peut-être parce qu'en 2026, l'ambiance mondiale ressemble de plus en plus à celle décrite dans le film. La bureaucratie incompétente qui entrave l'enquête nous est familière. La violence aléatoire aussi. Misanthrope n'était pas un mauvais film. Il était juste en avance sur notre propre désillusion.

Regardez-le ce soir. Pas pour le suspense. Mais pour voir ce que Hollywood a essayé de vous cacher : un miroir.

ÉC
Élise ChardonJournaliste

Snob ? Peut-être. Passionné ? Sûrement. Je trie le bon grain de l'ivraie culturelle avec une subjectivité assumée. Cinéma, musique, arts : je tranche.