Politique

Opération survie : le mirage du « Grand Reset » institutionnel de Macron

Janvier 2026. Après la chute de trois Premiers ministres en dix-huit mois, le chef de l'État abat sa dernière carte : un « big bang » démocratique censé contourner le blocage parlementaire. Analyse d'une stratégie de la terre brûlée.

ML
Maxime L'HémicycleJournaliste
12 janvier 2026 à 11:324 min de lecture
Opération survie : le mirage du « Grand Reset » institutionnel de Macron

Il y a quelque chose de fascinant, presque pathétique, à observer un animal politique de la trempe d'Emmanuel Macron tenter de réécrire les lois de la gravité alors qu'il est déjà en chute libre. Nous sommes le 12 janvier 2026, et l'ambiance à l'Élysée oscille entre le bunker de fin de règne et le laboratoire de savant fou. Face à une Assemblée nationale devenue un champ de ruines après le rejet du budget et la censure expéditive du gouvernement « de mission », le Président ne cherche plus une majorité. Il cherche une issue de secours.

Son dernier pivot ? Ne plus gouverner, mais « présider l'avenir ». Un élément de langage brillant pour masquer une réalité crue : le pays est ingouvernable. La rumeur enfle depuis des jours : le chef de l'État s'apprêterait à proposer un référendum sur les institutions. Une manœuvre classique du judoka acculé : utiliser la force de l'adversaire (le chaos parlementaire) pour tenter une projection vers une VIe République, ou du moins une « Ve rénovée ».

« Ce n'est pas une réforme, c'est une diversion. Macron ne veut pas sauver la démocratie, il veut juste occuper le terrain médiatique jusqu'en 2027 pour ne pas laisser Bardella faire le show tout seul. »
— Un ancien conseiller de l'ombre, désabusé.

Le mythe du Phénix face à la réalité mathématique

La ficelle est grosse. En déplaçant le débat du terrain social et économique (où il a perdu la main) vers le terrain institutionnel (son domaine réservé), Emmanuel Macron espère geler les oppositions. Comment le RN ou la gauche pourraient-ils refuser un débat sur la proportionnelle ou le rôle du Parlement ? C'est le piège parfait. Sur le papier.

Mais l'analyste sceptique que je suis doit poser la question qui fâche : avec quelle crédibilité ? L'érosion de l'autorité présidentielle n'est pas un concept abstrait, elle se mesure en cicatrices politiques. La dissolution ratée de 2024 était une erreur de calcul ; la valse des Premiers ministres de 2025 (Barnier, Bayrou, et les autres fusibles) était un aveu d'impuissance. Proposer aujourd'hui de refonder la règle du jeu alors qu'on a perdu la partie ressemble moins à une vision gaullienne qu'à une fuite en avant.

La mécanique du vide

Ce pivot stratégique repose sur un pari risqué : que les Français dissocient l'homme du projet. Or, tout indique le contraire. L'institution présidentielle elle-même est touchée. En voulant « enjamber » les partis pour parler directement au Peuple via ce projet institutionnel, Macron risque de transformer le potentiel référendum en un plébiscite inversé : un vote « Pour ou Contre Macron ». On connaît la réponse probable.

Regardons les chiffres. La métamorphose du mandat est brutale.

Phase du MandatStyle de PouvoirLevier principalÉtat de l'Assemblée
2017-2022JupiterVerticalité absolueMajorité écrasante
2022-2024ManagerLe "En même temps"Majorité relative
2024-2025FunambuleDissolution / CoalitionsHostile / Fragmentée
Janvier 2026SurvivantDiversion InstitutionnelleParalysie Totale

Le spectre de 2027

Qui est impacté par ce théâtre d'ombres ? Pas l'Élysée, qui continue ses dîners d'État. Mais le citoyen lambda, lui, voit les réformes concrètes (santé, école, pouvoir d'achat) gelées par l'absence de budget voté. L'administration tourne en roue libre, gérant les affaires courantes par décrets, tandis que le Président disserte sur l'avenir de la Ve République.

Ce pivot a une autre conséquence, peut-être la plus dangereuse pour le camp présidentiel : il laisse le champ libre à ses successeurs potentiels. Marine Le Pen (malgré ses démêlés judiciaires) et Jordan Bardella n'ont même plus besoin d'attaquer ; il leur suffit d'attendre que le fruit tombe. En paralysant le jeu parlementaire pour se sauver, Macron valide paradoxalement la thèse de ses opposants sur l'inutilité du système actuel.

Le « dernier pivot » ressemble furieusement à une pirouette. Et en politique comme en gymnastique, quand on rate sa réception, on ne se relève pas toujours.

ML
Maxime L'HémicycleJournaliste

Je hante les couloirs du pouvoir. Je traduis le "politiquement correct" en français courant. Ça pique, mais c'est vrai. Les lois, je les lis avant le vote.