Oscars 2026 : Complots, chuchotements et la panique silencieuse de Leonardo DiCaprio
À quelques jours des nominations, Hollywood retient son souffle. Si tout le monde prédit le triomphe de Paul Thomas Anderson, en coulisses, une tout autre guerre se prépare. Récit confidentiel d'une saison des prix sous haute tension.

Il est deux heures du matin au bar du Sunset Tower, et l'air est saturé de cette électricité statique propre aux fins de soirées hollywoodiennes : un mélange de désespoir parfumé au Santal 33 et d'ambition dévorante. (C'est d'ailleurs ici que j'ai vu pour la dernière fois un producteur de chez Warner pleurer sur son Martini). Pourquoi cette tension ? Parce que les jeux, qu'on disait faits depuis août dernier, sont en train de se brouiller.
L'histoire officielle, celle que vous lirez dans Variety, est simple : 2026 est l'année du couronnement. Celle où Paul Thomas Anderson, l'enfant chéri de la critique, décroche enfin le Graal avec One Battle After Another. Mais si vous tendez l'oreille, loin des communiqués de presse aseptisés, vous entendrez une mélodie dissonante.
⚡ L'essentiel
- Le favori fragile : One Battle After Another domine les pronostics, mais son budget colossal et son côté « blockbuster » divisent la vieille garde.
- L'outsider émotionnel : Hamnet de Chloé Zhao est devenu, presque par surprise, la menace numéro un grâce au duo Buckley-Mescal.
- L'inconnu : Ryan Coogler et son Sinners pourraient créer la surprise dans les catégories techniques et scénario, bouleversant l'arithmétique des votes.
Le syndrome du « Too Big to Fail »
Imaginez un instant la pression sur les épaules de Leonardo DiCaprio. Il tient là ce qui devait être son ticket pour une seconde statuette, un rôle taillé sur mesure dans une fresque à 150 millions de dollars. Pourtant, lors d'une projection privée à Santa Monica la semaine dernière, l'ambiance n'était pas à l'euphorie. Respectueuse ? Oui. Passionnée ? Pas vraiment.
Le problème de One Battle After Another n'est pas sa qualité (c'est virtuose, évidemment), c'est son gigantisme. L'Académie aime les histoires de petits qui deviennent grands, pas les géants qui écrasent tout sur leur passage. Et c'est exactement là que Chloé Zhao a planté son drapeau.
« On a l'impression de voter pour une multinationale quand on coche la case PTA cette année. Avec Hamnet, on a l'impression de voter pour son propre cœur. » — Un membre de la branche Acteurs (sous couvert d'anonymat, évidemment).
La guerre des chiffres : David contre Goliath
Pour comprendre pourquoi les stratèges de chez Warner commencent à suer, il suffit de regarder les dynamiques comparées des deux favoris. Ce n'est pas juste une question de goût, c'est une question de mathématiques électorales.
| Critère | One Battle After Another (PTA) | Hamnet (Chloé Zhao) |
|---|---|---|
| Budget Campagne | Estimé à $25M (Tapis rouge mondial) | Estimé à $8M (Ciblé, intimiste) |
| Atout Majeur | La maîtrise technique & le casting XXL | L'impact émotionnel (le facteur "larmes") |
| Faiblesse | Perçu comme "froid" et calculateur | Rythme lent, sujet austère (Shakespeare) |
Les oubliés du festin
Pendant que les titans s'affrontent, d'autres aiguisent leurs couteaux dans l'ombre. Avez-vous vu Mickey 17 ? Probablement. Est-ce que l'Académie va le nommer ? C'est la blague qui circule dans les déjeuners du Polo Lounge : Bong Joon-ho a fait un film « trop intelligent pour la salle, trop bizarre pour les vieux ». Le report de sa sortie au printemps 2025 a laissé des traces, et malgré le génie visuel, il risque de se contenter des miettes techniques.
Et puis, il y a le cas Timothée Chalamet dans Marty Supreme. A24 pousse comme jamais, jouant la carte de la transformation physique radicale. Mais est-ce suffisant pour déloger un Sean Penn ou un Benicio del Toro ? Pas sûr. Hollywood adore ses jeunes premiers, mais elle préfère encore ses vétérans qui reviennent d'entre les morts.
Alors, qui va tuer qui ?
La vérité, c'est que cette cérémonie 2026 ne se jouera pas sur le tapis rouge du Dolby Theatre, mais maintenant, dans les boîtes mail des 10 000 votants. Si PTA gagne, ce sera le triomphe de l'industrie, du cinéma « à l'ancienne » qui remplit les salles IMAX. Si Zhao l'emporte, ce sera le signal que l'émotion brute prime encore sur la pyrotechnie.
En attendant le 22 janvier, gardez un œil sur Ryan Coogler. Personne ne l'a vu venir aussi haut avec Sinners, et dans une course à deux chevaux, c'est souvent le troisième qui rafle la mise quand les favoris s'entretuent.
Snob ? Peut-être. Passionné ? Sûrement. Je trie le bon grain de l'ivraie culturelle avec une subjectivité assumée. Cinéma, musique, arts : je tranche.
