Parcoursup : Le mythe de l'égalité fracassé par l'algorithme
On nous vend la méritocratie numérique, mais derrière l'écran, les codes postaux et la réputation des lycées dictent encore les avenirs. Plongée dans la boîte noire.

C’est devenu le marronnier anxiogène du printemps. Chaque année, le Ministère de l'Éducation nationale nous sert la même soupe tiède : Parcoursup serait l'outil ultime de la démocratisation, une main invisible et bienveillante répartissant les talents de la nation. Vraiment ? Si l'on gratte un peu le vernis de l'interface utilisateur (pourtant soignée, on le concède), la mécanique ressemble moins à une méritocratie 2.0 qu'à une digitalisation pure et simple de la reproduction sociale. L’égalité des chances ? Un slogan pour brochure sur papier glacé.
L'algorithme a-t-il des préjugés ?
Le discours officiel est rodé : l'anonymat partiel garantirait l'équité. C'est oublier un détail qui n'en est pas un. Les formations du supérieur ont accès à la « fiche Avenir », et surtout, elles connaissent votre lycée d'origine. C'est ici que la machine s'enraye. Pensez-vous sincèrement qu'un 14/20 obtenu dans un lycée prestigieux du centre de Paris vaut, aux yeux des trieurs, la même chose qu'un 16/20 arraché dans un établissement classé REP+ ?
L'algorithme ne fait souvent qu'automatiser les biais humains : il transforme une discrimination latente en variable mathématique indiscutable.
Ce que l'on nomme pudiquement les « paramétrages locaux » des universités et des prépas permettent d'attribuer des bonus ou des malus selon l'établissement de provenance. C'est une sélection sociale qui ne dit pas son nom, cachée derrière des lignes de code que personne (ou presque) ne peut auditer.
Géographie du destin
Le système favorise également une forme d'assignation à résidence. Sous couvert de prioriser les boursiers ou les locaux, on enferme souvent les étudiants dans leur académie d'origine. Vous rêvez de quitter votre région sinistrée économiquement pour tenter votre chance dans une métropole dynamique ? L'algorithme risque de vous rappeler à l'ordre avec une froideur binaire.
| Le Mythe Parcoursup | La Réalité du Terrain |
|---|---|
| "Seules les notes comptent." | Le lycée d'origine agit comme un multiplicateur (ou un diviseur) de coefficient. |
| "Anonymat pour éviter les discriminations." | La lettre de motivation et les activités extra-scolaires trahissent souvent le milieu social. |
| "Gratuit et égalitaire." | Explosion du marché privé du coaching (jusqu'à 3000€) pour optimiser son dossier. |
Le marché de l'angoisse
C'est peut-être là le signe le plus éclatant de l'échec de cette « égalité ». Si le système était si transparent et juste, pourquoi les familles aisées paieraient-elles des fortunes à des consultants privés pour « hacker » Parcoursup ? Ces officines fleurissent, vendant de la réassurance et de l'optimisation de dossier comme on vendrait de l'optimisation fiscale. Pendant ce temps, l'élève qui n'a que ses professeurs débordés pour le conseiller remplit ses vœux à l'aveugle.
On a remplacé le tirage au sort (injuste par nature) par une opacité algorithmique (injuste par conception). Ce n'est pas un bug, c'est une fonctionnalité. Parcoursup ne corrige pas les inégalités françaises, il les cartographie avec une précision redoutable.
Le pouls de la rue, les tendances de demain. Je raconte la société telle qu'elle est, pas telle qu'on voudrait qu'elle soit. Enquête sur le réel.


