Pierre Perret : l'art de l'insolence à 91 ans, survivance ou naufrage ?
À 91 ans, l'interprète du Zizi a troqué la scène pour les arènes d'internet. Entre poésie tendre et tacles à la gorge, radiographie d'un monstre sacré qui refuse de se taire.

Septembre 2023, théâtre Édouard-VII. Pierre Arditi s'effondre sur scène. Dans l'ombre de l'actualité, un autre géant accuse le coup. À 91 ans, Pierre Perret prend une décision viscérale : il arrête les tournées. Fini les bus de nuit, les routes cabossées, les salles polyvalentes chauffées à blanc par des publics transgénérationnels. Ranger sa guitare de scène signifie-t-il pour autant rendre les armes ? Absolument pas. Bien au contraire, le gamin de Castelsarrasin a simplement changé de ring.
Dans une époque où chaque mot est pesé, soupesé, et filtré par des armées de communicants, Perret fait figure d'anomalie. (Ou de dinosaure, selon le camp où l'on se place). Il écrit depuis son bureau, clame que sa plume n'a pas ralenti, et appuie là où ça fait mal. Faut-il voir dans ses récentes sorties – de la charge acerbe de Paris saccagé contre Anne Hidalgo aux joutes virtuelles avec l'eurodéputée Rima Hassan – la dérive d'un vieux sage devenu aigri ? Ou, au contraire, l'ultime soubresaut d'un esprit libre qui a toujours eu le clash dans le sang ?
« Je ne peux pas m'empêcher de mettre le doigt là où ça fait mal. »
On l'oublie souvent derrière la bonhomie de façade et l'accent chantant. Bien avant les diss tracks du rap français, Perret maniait la provocation de masse. Chanter Le Zizi dans une France pompidolienne corsetée, c'était un attentat culturel. Dénoncer le racisme frontalement avec Lily en 1977, c'était un risque commercial absolu. Le trublion n'a jamais été un chanteur inoffensif. Ce qui a muté, ce n'est pas sa méthode, c'est notre capacité collective à encaisser la critique sans exiger l'effacement immédiat de son émetteur.
Aujourd'hui, qui est vraiment impacté par la parole de Perret ? La génération TikTok ne le connaît souvent qu'à travers le prisme de la polémique, percevant un boomer fâché contre son époque. Pourtant, ses mots résonnent de manière spectaculaire au sein d'une France périphérique silencieuse, celle qui se sent méprisée par les élites urbaines. Ce qui change vraiment avec ses récents coups de sang, c'est l'effacement total de la frontière entre la chanson populaire et l'éditorialisme politique agressif.
👀 Pourquoi a-t-il renoncé à voir ses propres enfants ?
On pourrait croire que l'ère des réseaux asociaux aurait eu raison d'un artisan des mots. C'est mal connaître l'animal. Il ne cherche plus à plaire. Il ne cherche plus les Disques d'Or. Il veut simplement exister, brut de décoffrage, rappelant au passage que la liberté d'expression n'est pas un joli concept théorique, mais un sport de combat qui se pratique jusqu'au dernier souffle.
Snob ? Peut-être. Passionné ? Sûrement. Je trie le bon grain de l'ivraie culturelle avec une subjectivité assumée. Cinéma, musique, arts : je tranche.

