Pierre Perret : l'irrévérence face au vide médiatique
À 91 ans, frappé par le deuil, l'homme à la guitare refuse de se taire. Comment le roi de la chanson populaire survit-il à l'hygiénisme de notre époque ?

Ce dimanche 8 mars 2026, à l'heure où les écrans s'allumeront pour recueillir ses confidences intimes sur TF1, l'image frappera par sa dignité. À 91 ans, dans le silence de sa retraite de Nangis après la perte tragique de son épouse Rebecca en janvier dernier, Pierre Perret se tient droit. Un homme meurtri, certes, mais un artiste qui refuse l'ombre. Alors qu'il s'apprête à publier ses mémoires Mémé Anna, une question s'impose face à ce monument d'espièglerie. Comment ce poète, souvent regardé de haut par une époque pressée de le ranger au rayon des reliques, parvient-il à narguer avec autant d'insolence le grand effacement médiatique ?
La réponse ne se trouve pas dans les classements de streaming, mais dans nos mémoires cellulaires. L'irrévérence de Perret n'a jamais cherché à plaire aux salons. (Et on ne va pas se mentir, la télévision d'aujourd'hui, terrifiée par le moindre dérapage sémantique, ne sait plus vraiment quoi faire de lui). Son arme secrète ? Le rire populaire, celui qui tâche un peu, mais qui rassemble beaucoup.
👀 Ces œuvres qui feraient transpirer les programmateurs actuels
"Le Zizi" (1974) : Une leçon d'éducation sexuelle joyeuse et décomplexée. Impensable aujourd'hui sans un comité de relecture moral pour en lisser les aspérités.
"Paris saccagé" (2023) : Une fronde brutale contre la gestion de la capitale. Snobée par une grande partie des matinales radio, la chanson a pourtant accumulé les millions de vues sur internet. Le public a fait le travail que les médias refusaient d'accomplir.
Faut-il voir dans cette résistance une simple anomalie nostalgique ? Absolument pas. Si Pierre Perret survit à l'aseptisation générale, c'est précisément parce qu'il incarne l'antidote. Quand les élites culturelles théorisent la bien-pensance, le bonhomme riposte avec l'argot des bistrots et l'humanisme des cours d'école. Il a chanté l'antiracisme avec Lily bien avant que cela ne devienne un mot-dièse obligatoire, et il l'a fait avec une tendresse que les discours militants actuels peinent souvent à égaler.
"L'impertinence ne se quémande pas sur les plateaux parisiens, elle se forge au comptoir et se transmet là où les micros ne vont plus."
Ce que cette marginalisation raconte de notre époque est glaçant. En ignorant ces figures sous prétexte qu'elles ne cochent plus les bonnes cases de la modernité urbaine, une partie de la machine médiatique s'est amputée de sa propre sève. Qui est réellement impacté ? Le tissu populaire, qui se voit privé de ses troubadours historiques. Mais la rue a de la mémoire. Et l'effacement médiatique, aussi puissant soit-il, finit toujours par s'écraser contre les refrains que l'on chantonne en famille.
Snob ? Peut-être. Passionné ? Sûrement. Je trie le bon grain de l'ivraie culturelle avec une subjectivité assumée. Cinéma, musique, arts : je tranche.

