CAC 40 : L'indécente santé d'un colosse déconnecté du réel
Pendant que l'indice parisien tutoie les sommets, le tissu des PME françaises tire la langue. Anatomie d'un divorce consommé entre la finance mondialisée et votre quotidien.

On nous vend la santé du CAC 40 comme le baromètre ultime de la réussite française. À chaque record historique, c'est la même rengaine : le champagne coule à flots sur les plateaux télé, et les ministres se félicitent de la « robustesse » de notre économie. Mais de quelle économie parle-t-on exactement ? Si vous avez l'impression que cette fête se déroule derrière des vitres teintées auxquelles vous n'avez pas accès, rassurez-vous : ce n'est pas une impression. C'est comptable.
Soyons clairs : le CAC 40 n'est plus l'indice de la France. C'est l'indice d'un club select de multinationales qui ont, pour la plupart, fait sécession avec l'Hexagone.
« Le CAC 40 ne reflète pas la santé de la France, mais la santé du monde vu par des entreprises dont le siège social est, par hasard historique, à Paris. »
L'illusion d'optique du « Made in France »
Regardez les chiffres de près (ce que peu prennent la peine de faire). Les géants du luxe, de l'énergie ou de l'aéronautique qui composent l'indice réalisent l'écrasante majorité de leur chiffre d'affaires hors de nos frontières. Quand LVMH vend un sac à main à Shanghai ou que TotalEnergies fore au large de l'Angola, le cours de bourse monte à Paris. Mais quel est l'impact réel pour le boulanger de Guéret ou la start-up de Sophia Antipolis ? Proche du néant.
Le décalage est vertigineux. D'un côté, des mastodontes dopés au dollar et aux marchés émergents ; de l'autre, une économie domestique qui se débat avec l'inflation, les charges et une demande intérieure atone. C'est une économie à deux vitesses, où la locomotive s'est détachée des wagons depuis longtemps.
| Indicateur | CAC 40 (Moyenne) | PME Françaises |
|---|---|---|
| Part du CA réalisée en France | ~20% - 25% | > 90% |
| Accès au crédit | Illimité (Marchés obligataires) | Restreint (Dépendance bancaire) |
| Sensibilité à la demande locale | Faible | Critique |
Le dopage financier : rachats d'actions et dividendes
L'autre vérité qui dérange, c'est la mécanique interne de cette performance. Comment expliquer que les cours grimpent alors que la croissance mondiale ralentit ? C'est là que le cynisme (ou le génie, selon votre banquier) opère. Plutôt que d'investir massivement dans l'outil industriel en France, une part colossale des profits est utilisée pour des rachats d'actions.
Le mécanisme est simple : l'entreprise achète ses propres titres pour les détruire. Moins d'actions en circulation = un bénéfice par action qui augmente mécaniquement = un cours de bourse qui flambe. C'est de l'ingénierie financière, pas de l'économie réelle. C'est un circuit fermé qui enrichit l'actionnaire sans nécessairement créer de la valeur ajoutée tangible pour le territoire.
L'arbre qui cache la forêt des défaillances
Pendant que l'indice parisien parade, les défaillances d'entreprises en France retrouvent des niveaux inquiétants, dépassant souvent les seuils pré-Covid. Pourquoi ce silence ? Parce que le CAC 40 agit comme un anesthésiant médiatique. Il projette une image de puissance et de résilience qui masque la fragilité du tissu de PME et ETI, pourtant les premiers employeurs du pays.
Alors, faut-il détester nos champions ? Certainement pas. Avoir des leaders mondiaux est un atout géopolitique majeur. Mais arrêtons de confondre le thermomètre de la Place de la Bourse avec la température réelle du pays. Quand le CAC 40 éternue, c'est souvent parce que la Chine a pris froid. Quand l'économie française tousse, le CAC 40, lui, continue souvent de danser.


