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Delphine de Vigan : L'autofiction est-elle une arnaque littéraire ?

Adulée pour sa sincérité, l'auteure a fait de ses traumatismes un empire de librairie. Mais derrière l'émotion brute, n'y a-t-il pas une mécanique de manipulation redoutable ?

JL
Juliana Lima
22 de janeiro de 2026 às 20:053 min de leitura
Delphine de Vigan : L'autofiction est-elle une arnaque littéraire ?

On nous vend Delphine de Vigan comme la grande prêtresse de la vérité crue. Celle qui n'a pas peur de mettre les mains dans le cambouis familial, d'exhumer les cadavres du placard (littéralement, parfois) et de les poser sur la table du salon pour le thé. C'est touchant. C'est courageux. C'est surtout extrêmement rentable.

Mais arrêtons deux minutes de pleurer sur les pages de Rien ne s'oppose à la nuit. Si l'on regarde froidement la trajectoire de l'auteure, on ne voit pas seulement une femme qui panse ses plaies, mais une chirurgienne qui a compris que l'impudeur est la nouvelle monnaie forte de l'édition française. La question qui fâche : sommes-nous ses confidents ou ses otages ?

« L'écriture ne répare rien, elle ne fait que déplacer la douleur pour la rendre vendable. » — Une pensée qui traverse l'esprit à la lecture de ses chiffres de vente.

Le business du traumatisme

Le coup de maître, c'était en 2011. Avec le récit de la bipolarité de sa mère, elle a touché le Graal : l'unanimité critique et populaire. Mais relisez-le bien. Il y a dans cette enquête familiale une précision quasi policière qui met mal à l'aise. Est-ce de l'hommage ou de l'exploitation ?

L'autofiction, chez de Vigan, ressemble à un piège à ours. Elle appâte avec du « vrai » (la maladie, le suicide, l'anorexie), le lecteur s'approche, voyeur malgré lui, et clac. Il est coincé. Il ne peut plus critiquer le livre sans avoir l'impression d'insulter la souffrance de l'auteur. C'est brillant (et un peu pervers). Elle a transformé l'empathie du lecteur en bouclier critique.

L'art de brouiller les pistes

Là où je deviens suspicieux, c'est quand elle sort D'après une histoire vraie. C'est là que le masque tombe, ou qu'elle en enfile un autre, encore plus sophistiqué. Après avoir été accusée (en coulisses) de cannibaliser sa famille, elle écrit un livre... sur une auteure cannibalisée par une fan toxique qui lui reproche de ne pas écrire « vrai ».

Vous suivez ? C'est une mise en abyme vertigineuse destinée à nous dire : « Vous voulez du vrai ? Je vais vous en donner jusqu'à l'indigestion. »

👀 Le vrai du faux : qui est vraiment L. ?
Dans D'après une histoire vraie, le personnage de L. incarne la manipulation ultime. Beaucoup ont cherché à savoir si cette femme existait. La réponse de De Vigan a toujours été ambiguë. C'est là tout son talent : laisser planer le doute pour que la fiction contamine le réel. L. n'est probablement qu'une projection des démons intérieurs de l'auteure (ou de ses critiques).

Elle joue avec nous. Elle anticipe nos doutes, elle les intègre dans la narration. C'est de la manipulation de haute volée. On n'est plus dans la littérature de témoignage, on est dans le thriller psychologique où la victime, c'est le lecteur qui ne sait plus s'il doit croire ce qu'il lit.

Vers une critique sociétale (ou une fuite ?)

Récemment, avec Les enfants sont rois, elle a pivoté vers la critique des influenceurs et de l'exposition des enfants sur les réseaux. Ironique, non ? Celle qui a bâti sa carrière sur l'exposition des failles intimes de sa propre lignée vient faire la morale à l'époque sur le droit à l'image.

C'est peut-être là que réside son génie : avoir compris avant tout le monde que l'intimité est une matière première épuisable. Après avoir vidé son propre puit, elle se tourne vers celui des autres, vers celui de la société. Delphine de Vigan n'est pas (seulement) une écrivaine sensible. C'est une analyste impitoyable de notre soif de voyeurisme. Et tant que nous achèterons, elle continuera de disséquer.

JL
Juliana Lima

Jornalista especializado em Cultura. Apaixonado por analisar as tendências atuais.