Economia

TF1+ : Derrière le "Netflix gratuit", la grande illusion stratégique ?

Tout le monde parle de la révolution du streaming à la française. Mais derrière les paillettes de la tour de Boulogne et les communiqués triomphants, les chiffres racontent une histoire plus complexe : celle d'une opération de survie plutôt que de conquête.

FC
Felipe Costa
7 de fevereiro de 2026 às 17:053 min de leitura
TF1+ : Derrière le "Netflix gratuit", la grande illusion stratégique ?

On nous a vendu le "grand soir" du paysage audiovisuel français. Avec le lancement de TF1+, Rodolphe Belmer, le patron de la Une, a promis monts et merveilles aux actionnaires : une plateforme de streaming gratuite capable de rivaliser, sur le temps de cerveau disponible, avec les ogres américains. Sur le papier, la promesse est belle. Mais grattez un peu le vernis marketing, et vous trouverez une réalité bien plus prosaïque.

Ne nous y trompons pas : TF1 ne cherche pas à tuer Netflix. Elle cherche à ne pas mourir face à Google et Meta.

"Le problème de la télévision linéaire n'est pas qu'elle perd de l'audience, c'est qu'elle perd de la valeur. TF1+ n'est pas une offensive, c'est une fortification."

L'arnaque sémantique du "Streamer Gratuit"

Depuis des mois, la communication du groupe martèle ce terme : "le premier streamer gratuit". C'est habile. (Très habile, même). Cela permet de faire oublier que le modèle économique reste celui de la vieille télé : la publicité. La révolution annoncée n'est-elle qu'un simple rebranding du "Replay" ?

La stratégie repose sur l'AVOD (Advertising Video On Demand). L'objectif n'est pas de vous faire payer 15 euros par mois, mais de collecter suffisamment de data pour vendre votre profil à des annonceurs, plus cher qu'un spot de 30 secondes pendant la coupure pub de Koh-Lanta. C'est là que le bât blesse. Pour que ce modèle fonctionne, il faut du volume. Beaucoup de volume. Or, si TF1+ revendique des millions d'inscrits, combien sont des utilisateurs actifs quotidiens, et combien sont des fantômes venus regarder un seul épisode de HPI il y a six mois ? Les chiffres officiels restent, curieusement, assez flous sur ce ratio précis.

La guerre des contenus : David contre Goliath (sans la fronde)

C'est ici que le scepticisme atteint son paroxysme. Pour attirer le chaland sur une plateforme numérique, il faut des produits d'appel exclusifs. TF1 mise sur la nostalgie (l'intégrale de Star Academy, des vieilles séries culte) et une fenêtre de diffusion rallongée.

CritèreModèle TF1+Modèle Netflix/Disney+
RevenusPublicité ciblée (CPM)Abonnement mensuel (MRR)
Cible prioritaireGrand public local (FR)Marché mondial globalisé
Investissement contenuAchats tactiques & FluxMilliards en production propre

Le problème ? Cette stratégie fonctionne sur les ménagères de moins de 50 ans (la fameuse cible commerciale), mais peine terriblement à capter les moins de 25 ans, qui ont déjà déserté le petit écran pour TikTok et Twitch. TF1+ risque de devenir une maison de retraite numérique très confortable, mais une maison de retraite quand même.

La technologie : le talon d'Achille

Enfin, parlons de l'expérience utilisateur. Avez-vous essayé l'interface ? Si les progrès sont indéniables par rapport à l'antique MyTF1, la fluidité et l'algorithme de recommandation sont encore à des années-lumière de l'efficacité redoutable de YouTube ou Netflix. Or, en 2026, l'exigence du consommateur est impitoyable : au moindre bug, au moindre temps de chargement trop long avant une pub, on zappe. Et sur internet, zapper, c'est fermer l'onglet.

Alors, redéfinition de stratégie ? Oui. Réussite garantie ? Loin de là. TF1 joue sa survie sur un pari : convaincre les annonceurs que le "digital local" vaut mieux que le "digital global". Pour l'instant, la bourse applaudit poliment, mais elle garde la main sur le frein à main.

FC
Felipe Costa

Jornalista especializado em Economia. Apaixonado por analisar as tendências atuais.