Simon Ghraichy : Le "Rockstar du Piano" est-il l'avenir ou le tombeau du classique ?
Entre virtuosité indéniable et marketing agressif, le pianiste franco-libanais divise les puristes. En 2026, sa révolution est-elle musicale ou purement visuelle ?

On ne va pas se mentir : en 2026, voir une salle de concert classique pleine à craquer de trentenaires qui hurlent comme s'ils attendaient une star de K-Pop, c'est une anomalie statistique. Et au centre de cette anomalie, il y a toujours Simon Ghraichy. La mèche rebelle, le style vestimentaire étudié (au millimètre près), et cette façon de marteler le clavier comme s'il lui devait de l'argent.
Mais au-delà de l'image sur papier glacé que Deutsche Grammophon nous vend depuis des années, que reste-t-il ? Est-ce qu'on assiste vraiment à une refonte du genre, ou sommes-nous simplement témoins de la dernière tentative désespérée d'une industrie mourante pour se payer une cure de jouvence ?
« Le problème avec le terme 'prodige', c'est qu'il dispense souvent d'analyser le fond. Ghraichy joue bien, c'est indiscutable. Mais joue-t-il pour la musique ou pour l'objectif du photographe ? »
La question fâche. Pourtant, il faut la poser. Le répertoire de Ghraichy a toujours été son bouclier : un mélange savant de tubes orchestraux transcrits pour piano (coucou Liszt) et de perles latino-américaines méconnues. C'est malin. Très malin. Cela permet d'esquiver la comparaison frontale avec les monstres sacrés sur les concertos standards de Beethoven ou Chopin, tout en criant à l'originalité.
👀 Le mythe du "pianiste rebelle" : Du déjà-vu ?
Pourtant, en cette année 2026, quelque chose a changé. Sa technique s'est épaissie, le son est moins brillant, plus terreux. Peut-être que le masque tombe ? Loin des polémiques stériles sur sa légitimité, Ghraichy force le public à écouter des compositeurs mexicains ou cubains là où d'autres se contentent de recycler les mêmes nocturnes pour la millième fois. C'est là que réside le paradoxe : on vient pour le showman, on reste (parfois malgré soi) pour la découverte musicologique.
Alors, sauveur ou fossoyeur ? Probablement un peu des deux. Si le prix à payer pour que Mozart survive encore un siècle est de le draper dans une esthétique de rock star, alors peut-être que le cynisme de l'industrie a du bon. Mais ne nous y trompons pas : sans le talent brut (qui est bien là, caché sous le vernis), le marketing ne tiendrait pas deux mesures.
Snob ? Peut-être. Passionné ? Sûrement. Je trie le bon grain de l'ivraie culturelle avec une subjectivité assumée. Cinéma, musique, arts : je tranche.

