Cultura

Simon Ghraichy : Le "Rockstar du Piano" est-il l'avenir ou le tombeau du classique ?

Entre virtuosité indéniable et marketing agressif, le pianiste franco-libanais divise les puristes. En 2026, sa révolution est-elle musicale ou purement visuelle ?

JL
Juliana Lima
11 de fevereiro de 2026 às 23:053 min de leitura
Simon Ghraichy : Le "Rockstar du Piano" est-il l'avenir ou le tombeau du classique ?

On ne va pas se mentir : en 2026, voir une salle de concert classique pleine à craquer de trentenaires qui hurlent comme s'ils attendaient une star de K-Pop, c'est une anomalie statistique. Et au centre de cette anomalie, il y a toujours Simon Ghraichy. La mèche rebelle, le style vestimentaire étudié (au millimètre près), et cette façon de marteler le clavier comme s'il lui devait de l'argent.

Mais au-delà de l'image sur papier glacé que Deutsche Grammophon nous vend depuis des années, que reste-t-il ? Est-ce qu'on assiste vraiment à une refonte du genre, ou sommes-nous simplement témoins de la dernière tentative désespérée d'une industrie mourante pour se payer une cure de jouvence ?

« Le problème avec le terme 'prodige', c'est qu'il dispense souvent d'analyser le fond. Ghraichy joue bien, c'est indiscutable. Mais joue-t-il pour la musique ou pour l'objectif du photographe ? »

La question fâche. Pourtant, il faut la poser. Le répertoire de Ghraichy a toujours été son bouclier : un mélange savant de tubes orchestraux transcrits pour piano (coucou Liszt) et de perles latino-américaines méconnues. C'est malin. Très malin. Cela permet d'esquiver la comparaison frontale avec les monstres sacrés sur les concertos standards de Beethoven ou Chopin, tout en criant à l'originalité.

👀 Le mythe du "pianiste rebelle" : Du déjà-vu ?
C'est l'argument marketing n°1 : Ghraichy casserait les codes. Vraiment ? Nigel Kennedy le faisait avec son violon et sa crête dans les années 90. Lang Lang a transformé le piano en sport olympique dans les années 2000. Ghraichy n'invente pas la posture de l'enfant terrible, il l'adapte simplement à l'ère d'Instagram et de TikTok.

Pourtant, en cette année 2026, quelque chose a changé. Sa technique s'est épaissie, le son est moins brillant, plus terreux. Peut-être que le masque tombe ? Loin des polémiques stériles sur sa légitimité, Ghraichy force le public à écouter des compositeurs mexicains ou cubains là où d'autres se contentent de recycler les mêmes nocturnes pour la millième fois. C'est là que réside le paradoxe : on vient pour le showman, on reste (parfois malgré soi) pour la découverte musicologique.

Alors, sauveur ou fossoyeur ? Probablement un peu des deux. Si le prix à payer pour que Mozart survive encore un siècle est de le draper dans une esthétique de rock star, alors peut-être que le cynisme de l'industrie a du bon. Mais ne nous y trompons pas : sans le talent brut (qui est bien là, caché sous le vernis), le marketing ne tiendrait pas deux mesures.

JL
Juliana Lima

Jornalista especializado em Cultura. Apaixonado por analisar as tendências atuais.