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Téhéran à Vif : Survivre quand le Rial ne vaut plus que le papier

Loin des signatures de traités à Vienne ou Washington, c’est dans le frigo des familles iraniennes que la géopolitique frappe le plus fort. Plongée dans une économie de survie où le prix du poulet dicte l'humeur nationale.

CS
Camila Santos
15 de janeiro de 2026 às 05:013 min de leitura
Téhéran à Vif : Survivre quand le Rial ne vaut plus que le papier

Il est 7h00 du matin sur l'avenue Valiasr et Reza n'a pas dormi. Ce n'est pas à cause de l'appel à la prière, ni du smog perpétuel qui étouffe le nord de Téhéran. C'est à cause de son téléphone. Reza est professeur d'histoire, mais depuis deux ans, il est surtout chauffeur de VTC et trader de crypto-monnaies à ses heures perdues (souvent la nuit). Il vient de rafraîchir l'application qui donne le taux du dollar au marché noir. Le chiffre clignote en rouge. Encore une chute. Pour Reza, cela signifie une chose très concrète : ce soir, il n'y aura pas de viande rouge dans le Khoresht.

On parle souvent des "sanctions" comme d'un outil diplomatique abstrait, un levier froid actionné depuis des bureaux climatisés à Bruxelles ou Washington. Mais pour les 85 millions d'Iraniens, c'est une guerre silencieuse, une érosion lente et brutale du quotidien.

« Les sanctions, c'est comme vivre dans une maison dont les fenêtres rétrécissent un peu plus chaque jour. On respire encore, mais on sait que l'air va manquer. » — Une étudiante anonyme de l'Université de Téhéran.

L'inflation, cette invitée indésirable

Le terme technique est « stagflation ». Pour l'Iranien moyen, c'est juste l'enfer. Les nouvelles vagues de restrictions financières ont coupé les artères bancaires du pays. Résultat ? Le Rial s'effondre. Quand la monnaie nationale perd 30% de sa valeur en quelques mois, les étiquettes dans les supermarchés valsent. Ce n'est pas que les produits manquent (les bazars regorgent de tout, des iPhones de contrebande aux épices rares), c'est que personne ne peut plus se les offrir.

Regardons la réalité en face, brute, sans le filtre de la propagande d'État :

Produit / ServicePrix (Il y a 2 ans)Prix (Aujourd'hui)Impact Réel
Poulet (kg)350 000 Rials980 000 RialsDevenu un luxe dominical
Loyer (Téhéran centre)Stable (relatif)+150%Exode vers les banlieues lointaines
Médicaments (Insuline)DisponiblePénurie / Marché NoirRisque vital immédiat

Le paradoxe médical

C'est ici que l'hypocrisie internationale atteint son paroxysme. Officiellement, les médicaments et l'aide humanitaire sont exemptés de sanctions. Sur le papier, c'est beau. Dans la réalité ? Aucune banque internationale n'ose traiter une transaction venant d'Iran par peur des représailles américaines (les fameuses sanctions secondaires). Les pharmaciens de Téhéran doivent donc dire à des mères de famille que l'insuline pour leur enfant est bloquée à la frontière, ou disponible au marché noir à dix fois le prix.

La classe moyenne en voie de disparition

Ce qui frappe le plus, ce n'est pas la pauvreté visible, c'est la pauvreté cachée. Celle de Reza. Celle des ingénieurs qui conduisent des taxis, des architectes qui vendent des tapis en ligne. La classe moyenne iranienne, autrefois le moteur culturel et économique du pays, est en train d'être broyée. Ils vendent les bijoux de famille, puis la voiture, puis déménagent chez les parents.

Pourtant, la vie continue. Avec une résilience qui force le respect (ou le désespoir). Les jeunes utilisent des VPN pour contourner la censure numérique et des cryptomonnaies pour contourner la censure financière. Ils créent, ils rient, ils organisent des soirées clandestines où l'on boit de l'alcool de contrebande en écoutant de la techno, comme pour dire au monde : « Vous pouvez bloquer nos banques, mais pas notre envie de vivre ». Mais jusqu'à quand ? Le frigo de Reza est vide, et aucune résolution de l'ONU ne viendra le remplir cette semaine.

CS
Camila Santos

Jornalista especializado em Mundo. Apaixonado por analisar as tendências atuais.